
Skunk Anansie ouvre le bal, mais il n’est pas question ici d’une quelconque hiérarchie, il fallait tout simplement un premier. Malgré la moiteur caniculaire de cette fin de mois de mai, Skin étreint la foule dès son entrée sur scène et fait monter encore d’un cran la température. Accompagnée des fidèles Cass, Ace et Mark Richardson, le groupe opte pour une mise en scène dépouillée où seule l’énergie compte. Après Charlie Big Potato et Because of You, An Artist Is An Artist, l’incipit du dernier album « The Painful Truth », engage encore davantage le public impressionné par la présence scénique de la chanteuse. Magnétique et féline, la voix intacte, elle s’adresse à nous, saute sur les enceintes et toutes les structures susceptibles d’élever encore plus haut cette énergie punk qui ne l’a jamais quittée. Même les sages Weak et Hedonism (Just Because You Feel Good) débordent de rage. Les rares moments d’accalmie sont toujours ponctués de prises de paroles sur les engagements et combats du groupe, plus que jamais à l’ordre du jour. Sur l’incontournable I Can Dream, elle se jette dans la foule, rejointe par Frah de Shaka Ponk présent dans la fosse et invité, pour l’occasion, à slamer depuis la scène. Un moment suspendu soutenu par une foule conquise. La setlist se clôt sur un Little Baby Swastikka explosif. Skunk Anansie a été immense.
En face, Garbage choisit une autre voie, tout aussi redoutable. Shirley Manson mène le jeu avec ce mélange de froideur apparente, d’ironie et d’élégance venimeuse qui a toujours fait la singularité du groupe. Elle explique à la foule, dans un langage fleuri, que passer après une telle prestation de Skunk Anansie va être « putain d’impossible », mais elle va putain de bien s’en sortir malgré un début moins en tension. Avec Butch Vig à la batterie (producteur de l’album « Nevermind » de Nirvana), Steve Marker, Duke Erikson aux guitares et la bassiste Nicole Fiorentino faisant la passerelle entre les univers si proches de Gargabe et Smashing Pumpkins, les There’s No Future In Optimism, Hold et Empty sonnent à la perfection. Le groupe enchaîne I Think I’m Paranoid, Stupid Girl et rétablit la symbiose avec le public comme l’avait fait Skunk quelques minutes plus tôt. La suite sera une démonstration de style, de fougue, d’engagement politique et de charisme. Tout ce que l’on était en droit d’attendre, en plus éclatant.



Nous retenons surtout de cette soirée une absence totale de complaisance. Ni Skunk Anansie ni Garbage ne se contentent d’empiler les tubes pour flatter la mémoire du public. Même si la salle est conquise d’avance, le concert ne verse jamais dans le simple exercice de communion. Il garde une âpreté, une tenue, et une forme d’exigence qui interdisent de croire qu’il s’agissait d’une réunion de vétérans. Les deux groupes ont toujours préféré l’intensité à la posture : les années ne changent rien aux combats et aux engagements des deux chanteuses. Ce 25 mai, toutes les deux étaient, à bien des égards, au Zénith.
Article paru dans le numéro 381 de Guitar Part.
%20(1).webp)

