
Commençons par le ou plutôt les albums : alors, « I Scream », « U Scream ». Et dans trois mois, « They Scream » ?
Marco : Non, « We All Scream » (rires)… Écoute, on a fait un genre de coït interrompu de vingt ans, et là, ça gicle. On ne peut pas mieux résumer. Il y en a pour tous les goûts, dans tous les sens. Et ce n’est pas fini, tu sais…
Yarol : Oui, ce sont vraiment deux albums qui vont ensemble. En fait, on a même hésité à un moment à sortir un double album, mais on s’est dit que ça risquait de gâcher certaines chansons. Alors on les a séparés. Il y a une vraie connexion entre ces deux disques. On les a écrits presque en même temps, et quasiment enregistrés en même temps. On a vraiment voulu une cohérence entre eux. Et, oui, notre absence discographique d’une vingtaine d’années a fait qu’on avait beaucoup à dire, beaucoup de musique à faire. Plutôt que tout mettre sur un seul disque, on a préféré en faire deux.

Il y a eu une séparation au début du millénaire, mais vous n’étiez pas plus fâchés que ça, non ?
Yarol : La séparation, ça vient aussi d’un constat qu’on a fait après la sortie du cinquième album en 2000, « Vierges ». On s’est dit : « Bon, voilà, on a un peu fait le tour de ce qu’on avait à faire ensemble dans ce truc. » À un moment, il faut nourrir la bête, tu vois, on n’était plus vierges. On vivait en boucle, depuis plus de dix ans, entre bus, concerts, studio, nouvel album, nouvelle tournée… Au bout d’un moment, on avait l’impression de tourner en rond. On s’est dit qu’il fallait peut-être prendre un peu d’air, vivre d’autres expériences, bosser avec d’autres gens, faire autre chose pour pouvoir, ensuite, reprendre et recommencer à faire de la musique ensemble.
On sent que votre musique est nourrie de beaucoup plus d’influences, tout en restant très fidèle à l’esprit pur FFF. Sur cet album, il y a pas mal de guitares, et le ton est clairement rock et pêchu, mais aussi plus varié…
Marco : Quand tu l’écoutes sans forcément te concentrer, je trouve qu’il est assez metal-funk.
Yarol : Oui, certains trouvent même que c’est plus funk que « I Scream ». D’autres pensent que c’est plus rock. Chacun y trouve son compte, et ça me va très bien…
Marco : Moi j’aime bien ce mélange, parce qu’on a trouvé un équilibre. Je parle souvent de metal-funk pour décrire ce qu’on fait. C’est très appuyé sur les guitares, toujours ! On a un vrai virtuose à la guitare, on ne va pas le cacher (rires). Les guitares sont toujours une composante majeure de la musique de FFF.
Question « guitare », Marco : quand tu retrouves Yarol après quelques années… Je ne sais plus trop ce qu’il faisait, il bossait avec des débutants, des jeunes (rires)… Donc tu le retrouves, surtout après son épopée avec Johnny. Pour toi, c’est le même qu’au début de FFF ?
Marco : Oh non ! Il a mûri, clairement. On se nourrit de chaque expérience. Pour moi, il est encore meilleur guitariste qu’avant, franchement. Plus fin, plus à l’écoute. J’imagine qu’il a bossé avec plein d’autres gens (il se tourne vers Yarol : « Tu me donneras des billets, après (rires) ! »)… Moi, j’ai toujours trouvé qu’il jouait bien, mais là, il joue encore mieux. Et, un truc que peu de gens savent, c’est que Yarol, aussi bon qu’il soit, il fait encore des gammes, tu vois ? Il est toujours en train de chercher. Parfois, quand il bosse avec des musiciens indiens ces derniers temps… Il est même en train de faire un gros album. Il apprend de nouvelles gammes, de nouveaux trucs. C’est ça, la vie de musicien : toute ta vie, tu continues d’apprendre, tu progresses. Bien sûr, il y a des moments où tu stagnes, mais pour vraiment évoluer, il faut ouvrir de nouveaux horizons.
Yarol : Mais il y a des semaines entières où je ne fais pas de musique concrètement. Ça ne veut pas dire que je n’en fais pas dans ma tête. Je me surprends à chantonner sur un truc, à réfléchir à une idée… J’ai l’impression que c’est un truc qui ne s’arrête jamais, cette histoire de « faire de la musique », tu vois ? Je pense qu’on continuera à penser musique même quand on sera vieux et qu’on sera dans un asile ou je ne sais pas quoi. Comme dit Marco, c’est un métier avec tellement de facettes différentes… Être sur scène devant 10 000 personnes dans un festival, avec une sono énorme, c’est faire de la musique. Mais être chez soi, tranquille sur son canapé avec une petite gratte, à chercher une idée, un morceau, un truc à bidouiller, c’est aussi faire de la musique. Être en studio, à triper, mettre des micros devant une batterie, c’est aussi faire de la musique.
Sur U Scream, on trouve pas mal de triturages de sons et des délires assez étonnants à la guitare. Comment ça s’est passé en studio ?
Marco : Ils ont beaucoup travaillé ensemble, mais c’est surtout Dimitri Tikovoï, le réalisateur de l’album, qui a vraiment poussé Yarol à expérimenter, à aller triper avec les sons. Je les ai vus pendant les prises de guitare, c’était carrément expérimental comme projet. Ce qui est génial, c’est de se retrouver dans un studio aussi sublime que celui d’ICP. Il ne manque pas une pédale, pas une guitare, tout est là, et en parfait état. C’est extraordinaire.
Yarol : Pourtant, je ne me suis quasiment pas servi de leur matos.
Marco : Ah bon ?
Yarol : Oui. Je suis arrivé avec mon propre matos, les guitares et les amplis que j’avais choisis pour faire le disque, et je suis resté sur ça. Peut-être que j’ai pris une gratte à eux ou deux ou trois trucs dans leur matos… Oui, clairement, quand tu vas dans un studio comme ICP, c’est hallucinant. Tu ouvres la réserve, et là, c’est de la folie. Tu veux une caisse claire ? Il y en a 150 modèles. Tu veux un synthé ? Minimoog, mais laquelle version ? Quel millésime ? Marshall, clavinet, basses, batteries, sitar… La totale. C’est incroyable qu’un studio comme ça existe encore. Du coup, tu peux vite être perdu, et tu évites de trop te disperser. Tu n’as pas le temps d’essayer tout. Moi, je suis arrivé avec mon ampli Kelt, quelques guitares, le setup que j’avais choisi pour l’album, et on est restés dessus. On a fait une première prise avec, on était hyper contents. C’est un ampli hyper polyvalent. Avec Dimitri, on s’est dit : « Bon, attends, ça sonne super, on reste là-dessus. »

Pour finir, on va essayer de faire un résumé des principales guitares utilisées sur l’album…
Yarol : Alors, j’ai une Les Paul Black Beauty, une 335 que j’ai amenée et qui sonne super bien. J’ai aussi une Telecaster avec des micros Joe Barden en aigu, qui est top. J’avais une Strat aussi, donc là, ce sont vraiment les classiques. Les Fender, ce sont du vintage, du custom… La Les Paul Black Beauty est vintage 70 je crois… Et la 335, c’est une Gibson Rétro Custom Shop de 2010. La Telecaster et la Strat, ce sont des « pattes cassées », bricolées que j’ai fabriquées avec des potes luthiers. J’ai aussi une Supro que j’adore, un peu en forme de Les Paul, que j’ai amenée et qui sonne d’enfer. Il y avait aussi une douzaine de Berg, une Starplayer incroyable. Et puis, peut-être aussi l’acoustique, une Hummingbird de 67, démente, que j’adore. Ah oui, et j’avais aussi amené une Danelectro.
Vous n’avez donc plus rien en stock avec ces deux albums. Ça vous démange d’y retourner, ou vous avez prévu une pause ?
Yarol : Écoute… Oui, on repart en studio bientôt, vers la mi-novembre, pour composer. On a envie de battre le fer tant qu’il est chaud. Est-ce que ça sera un nouvel album ? Peut-être des singles ? On ne sait pas encore. Mais une chose est sûre, on a envie de continuer à faire de la musique et à créer de nouveaux morceaux ensemble.
Article paru dans le numéro 375 de Guitar Part.
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