Découvrez notre appli

Nos abonnements

Découvrez nos playlists

News

Europe, The Damn Truth - L’Olympia - Paris, le 06/10/2026

Quarante ans. Quatre décennies depuis qu’un groupe suédois encore relativement jeune a envoyé dans les enceintes du monde entier un riff de claviers que plus personne n’allait parvenir à oublier. Lorsque « The Final Countdown » débarque dans les bacs, Europe passe en quelques mois du statut de jeune espoir scandinave à celui de sensation internationale. C’est ce que célébrait en grande pompe le quintette à l’Olympia quasiment quarante ans après jour pour jour.

En ouverture, The Damn Truth n’a pas cherché à jouer les figurants. Originaire de Montréal, le quatuor canadien défend un rock directement hérité des années 1970, entre riffs bluesy, guitares abrasives et refrains taillés pour la scène. Au centre du dispositif, Lee-la Baum impose une voix puissante et éraillée, capable de passer de la tension au déploiement sans sacrifier le caractère brut de l’ensemble. Ici, pas de production aseptisée ni de nostalgie de façade : le groupe mise sur le son, le groove et une interprétation qui privilégie l’instinct à la démonstration.

© Elody Di Cocco

Face à un public venu retrouver les hymnes d’Europe, les Canadiens avaient une mission délicate : imposer leur identité sans disposer du même capital de reconnaissance. Leur approche, plus terreuse et volontiers psychédélique, apporte un contraste intéressant avec le hard rock mélodique des Suédois. The Damn Truth ne réinvente pas les codes du genre, mais les reprend à son compte avec suffisamment de conviction pour éviter l’exercice de style. Une entrée en matière qui mise sur l’authenticité et rappelle que le classic rock se juge avant tout à ce qui sort des amplis.

Depuis sa sortie le 14 février 1986, The Final Countdown (le single) a connu une existence qui dépasse largement celle d’un simple hit : stades, salles de sport, cérémonies, publicités, mariages, soirées, événements sportifs… difficile de trouver un autre titre de hard rock ayant autant échappé à son propre genre. Et pourtant, réduire Europe à ces quelques notes serait passer à côté d’une carrière qui a connu les sommets, les remises en question, une séparation, une reformation et surtout une seconde vie artistique particulièrement convaincante. Pour cette tournée anniversaire, l’Olympia accueille donc une formation qui n’a pas simplement ressorti ses vieux classiques du placard. Europe vient célébrer un disque qui a changé son destin, mais aussi rappeler tout ce qui s’est passé avant, après et autour de ce phénomène devenu incontournable.

Dans la salle parisienne, les générations se mélangent. Ceux qui ont découvert Europe au cœur des années eighties côtoient ceux qui ont rencontré le groupe bien plus tard, après sa reformation et une série d’albums qui ont progressivement éloigné la formation de l’image de groupe à permanente blonde et claviers triomphants que la télévision avait gravée dans les mémoires. C’est un détail important, parce que l’Europe de 2026 n’a plus grand-chose à voir avec la machine à hits de ses débuts internationaux. Elle en possède les mêmes visages essentiels, la même ossature et les mêmes chansons, mais avec l’assurance de musiciens qui n’ont plus rien à prouver. Joey Tempest n’a plus besoin de convaincre qui que ce soit qu’il sait écrire un refrain, John Norum n’a certainement plus besoin de démontrer qu’il sait tenir une six-cordes et Mic Michaeli connaît probablement chaque nuance de ces morceaux mieux que personne. À leurs côtés, John Levén et Ian Haugland forment toujours cette section rythmique solide qui permet aux mélodies de décoller sans jamais perdre leur assise rock.

Avant d’arriver au fameux disque, Europe prend soin de remettre quelques pendules à l’heure. Scandinavian Eyes ouvre la soirée avant que Walk The Earth et The Siege ne rappellent immédiatement que la carrière du groupe ne s’est pas arrêtée lorsque les ventes ont commencé à exploser. La puissance est là, mais débarrassée de tout ce qui pourrait ressembler à une reconstitution nostalgique. Joey Tempest, chemise ouverte et sourire en coin, arpente la scène avec cette décontraction de frontman qui sait exactement où se trouvent les ressorts d’une salle. John Norum, lui, reste concentré sur son manche, délivrant cette combinaison de mélodie et de mordant qui a toujours empêché Europe de sombrer dans le simple hard FM. Et lorsque Superstitious arrive, impossible de ne pas mesurer à quel point le groupe possède encore cette capacité à faire sonner ses refrains comme des évidences.

La première moitié du concert fonctionne alors comme une petite démonstration de longévité. Last Look At Eden, War Of Kings et Prisoners In Paradise traversent plusieurs périodes de la discographie sans que la cohérence de l’ensemble ne vacille. Europe a connu la fin des eighties, le changement brutal de climat musical de la décennie suivante, la séparation puis le retour sur scène au début des années 2000. Beaucoup de formations auraient choisi de vivre uniquement sur leurs souvenirs après une telle trajectoire. Pas eux. Les albums plus récents ont progressivement renforcé une identité plus lourde, plus sombre, parfois plus proche du classic rock que du hard mélodique qui avait fait leur fortune. Cette évolution donne justement du relief à la soirée : les classiques ne sont pas présentés comme des pièces sous cloche, mais comme une partie d’un répertoire beaucoup plus vaste.

Puis Rock the Night fait monter la température d’un cran. Le public n’a besoin d’aucune invitation pour prendre le relais sur le refrain. Joey Tempest sourit, laisse la salle chanter et observe quelques secondes cette étrange mécanique qui fonctionne encore aussi bien après toutes ces années. Carrie apporte ensuite sa dose de nostalgie assumée, sans jamais tomber dans le sentimentalisme. Car Europe sait très bien ce que ces chansons représentent. Pour certains, elles sont associées à l’adolescence, aux premières guitares, aux cassettes et aux pochettes de vinyles. Pour d’autres, elles sont simplement devenues des classiques du hard rock. Dans les deux cas, elles ont survécu à leur contexte d’origine.

Lorsque résonnent Danger On The Track, Ninja puis Cherokee, l’Olympia bascule définitivement dans cette période où le hard rock pouvait encore conquérir les radios généralistes et où une formation venue de Suède pouvait, en quelques mois, se retrouver propulsée au sommet des classements internationaux. Mais le plus intéressant est peut-être de constater à quel point « The Final Countdown » n’a jamais vraiment eu besoin d’être défendu. Le disque est devenu un classique avant même que le mot ne soit galvaudé. Sa recette était pourtant loin d’être révolutionnaire : des guitares, des claviers, des mélodies énormes, une production brillante et une écriture suffisamment efficace pour passer de la chambre d’un adolescent à une enceinte de stade sans perdre une once de son impact.

La suite permet d’aller plus loin encore. Car l’intérêt d’une tournée anniversaire comme celle-ci ne réside pas uniquement dans le plaisir de retrouver les classiques. Elle permet aussi de comprendre pourquoi l’album a fonctionné avec une telle ampleur. « The Final Countdown » est un disque de contrastes : il peut être grandiloquent sans perdre son efficacité, mélodique sans abandonner les guitares, accessible sans devenir inoffensif… Europe avait trouvé une formule qui permettait au hard rock de franchir la porte du grand public sans renoncer complètement à ce qui faisait son identité. Avec le recul, cette équation paraît évidente. À l’époque, elle était beaucoup moins acquise.

Lorsque Time Has Come, Heart Of Stone, On The Loose et Love Chaser prolongent la soirée, une forme de boucle se referme. Europe a traversé son histoire sans chercher à la réécrire. Le groupe n’efface ni les années de gloire ni les périodes plus compliquées. Il les assume toutes, avec cette distance que seuls les musiciens ayant vécu plusieurs vies peuvent avoir.

© Elody Di Cocco
© Elody Di Cocco
© Elody Di Cocco

Et puis il y a cette intro. On ne peut pas lutter. Ces quelques secondes de claviers qui ont probablement déclenché plus de réactions collectives que n’importe quel autre morceau de hard rock mélodique. Lorsque The Final Countdown commence enfin, l’Olympia explose. Il n’y a plus vraiment de distinction entre les générations. Tout le monde connaît le motif. Tout le monde sait ce qui arrive ensuite. Et pourtant, le plaisir reste intact. C’est précisément là que se trouve la réussite du morceau : malgré des décennies de surexposition, malgré les innombrables reprises, parodies et utilisations hors contexte, il suffit de le replacer dans son environnement naturel — une scène, cinq musiciens, des amplis et un public de rock — pour qu’il retrouve immédiatement sa raison d’être.

John Norum y est évidemment pour beaucoup. Son jeu rappelle que, derrière le clavier devenu iconique, il y avait toujours un véritable groupe de hard rock. Les guitares reprennent leur place, la batterie de Ian Haugland et la basse de John Levén donne au morceau son impact et Mic Michaeli maintient cette couleur sonore qui reste indissociable de l’identité d’Europe. Joey Tempest, lui, n’a rien perdu de cette capacité à transformer une ligne mélodique en refrain fédérateur. La chanson est tellement connue qu’elle pourrait facilement devenir une caricature d’elle-même. Ce soir, elle ne le devient jamais. Europe la joue avec suffisamment de conviction pour que le tube redevienne simplement une excellente chanson de rock.

Il n’y avait évidemment qu’une seule façon de terminer une telle soirée. La salle chantait avant même que Joey Tempest n’ouvre la bouche. Presque tous les téléphones se levaient, les bras aussi, et, pendant quelques minutes, l’Olympia ressemblait moins à une salle parisienne qu’à une gigantesque machine à remonter le temps.

Galerie photos

Vous aimez cet article ?
resdqcd
Alors allez faire un tour sur notre espace pédagogique, vous y trouverez une centaine de vidéos matos, des tests de guitares, de pédales, des tutos et plus encore !
Découvrir
Live
Elody Di Cocco
12/10/2026
Elody Di Cocco
plus d'articles