
Le nouvel album de Black Label Society a eu une gestation assez longue, vu tout ce que tu as entrepris ces dernières années, de Zakk Sabbath à Pantera, en passant par les dernières retrouvailles avec Ozzy... Du coup, on est presque surpris qu’il sorte en 2026…
Oui, on a été obligés de prendre notre temps... Les premières sessions remontent à 2022. On avait écrit un premier lot de morceaux au Vatican (son studio personnel, NDR), puis la « célébration » Pantera a démarré. On est partis plus d’un an sur la route. Ensuite on s’est dit : « Allez, c’est bon sort le disque ! » Puis Pantera est reparti. Alors on a écrit d’autres morceaux. Il n’y avait aucun sens à sortir un album si je ne pouvais pas le défendre sur scène. Donc j’ai continué à écrire, à enregistrer. Et, quatre ans plus tard, fuck, « Engines Of Demolitions » est là. Pour moi, ce n’est pas si grave... On a déjà sorti des singles avant pour faire patienter les gens. Autant continuer à avancer sans trop se prendre la tête.

Le fait d’avoir replongé dans l’univers de Pantera a-t-il changé quelque chose dans ton jeu ou dans ton écriture ?
Je ne sais pas si ça a changé ma manière d’écrire. Mais l’énergie de Dime… Ça, c’est toujours aussi contagieux. Sa vibration, sa force de vie, son amour du riff. Ça ne peut que te nourrir. Ce n’est pas une question de technique, c’est une question d’énergie. Dime avait cette puissance vitale qui illuminait tout.
Il y a aussi ce morceau très personnel écrit après la disparition d’Ozzy, Ozzy’s Song…
Je n’aurais jamais écrit ces paroles s’il n’était pas parti. Je suis rentré de tournée, je me suis retrouvé chez moi avec la musique qui était déjà prête. En réalité, je l’avais commencée juste au retour des funérailles d’Ozzy. Et là, les mots sont venus. Mais la lumière d’Ozzy ne s’éteint pas. Elle est en toi maintenant. Comme celle de tes parents, d’un ami, même d’un chien que tu as aimé. Leur force de vie continue à travers toi.
Tu as participé à ce grand concert hommage où plusieurs générations étaient réunies…
Oui, c’était magnifique. De Steven Tyler jusqu’à Yungblud, tous ces mecs de génération différente qui montaient sur scène pour chanter... Toutes les générations étaient là pour célébrer Ozzy. C’était formidable.
Quand tu composes pour Black Label Society, penses-tu déjà à la scène, petite ou grande ?
Toujours. J’adore la musique complexe, mais, avec Black Label, je simplifie tout. J’enlève le gras. Si je ne peux pas écrire le morceau sur une ou deux cordes, c’est qu’il y a trop de choses. Regarde Sabbath. Beaucoup de riffs tiennent sur deux ou trois cordes. C’est un art de faire simple. Comme un bon steak et des pommes de terre. Sel, beurre, bonne viande. Pas besoin de 300 ingrédients.
AC/DC, c’est pareil. Simple et imparable.
Tu n’as jamais eu envie d’explorer des territoires plus étranges ?
Improviser, oui. Mais ça, c’est dans certains moments. Quand tu es dans des jams, tu ne réfléchis pas. Comme quand tu parles. Les mots sortent. Mais pour écrire un morceau, je coupe tout ce qui est inutile.
Après avoir tourné avec Pantera, revenir à Black Label Society demande-t-il une adaptation ?
Non. J’aime tout. Chaque jour est un cadeau. C’est comme des Vikings. On découvre une terre, on retourne au drakkar, et on repart vers la suivante. C’est ça la vie.
Parlons de Wylde Audio. Pourquoi lancer ta propre marque alors que tu avais Gibson et Marshall ?
J’adore Gibson. J’adore Marshall. Ils m’ont toujours traité comme un roi. Mais c’est une évolution naturelle. C’est comme si tu avais travaillé chez McDonald’s toute ta vie, en tant qu’employé, puis manager… Et, un jour, tu veux ouvrir ton propre restaurant. Ce n’est pas pour tout le monde. Mais moi, j’en avais envie.
Comment naît un modèle de guitare chez Wylde Audio ?
Je dessine la forme. Mon ami John reprend le résultat pour faire un schéma détaillé sur ordinateur. On fait ensuite un gabarit en carton pour vérifier les proportions. Et après on fait un corps en bois. Si ça me plaît, on lance la production. Aujourd’hui tout est découpé numériquement, donc chaque guitare sort identique. Sans oublier, évidemment, le choix des bois : acajou, érable, ébène, palissandre… Là, le ciel est la limite.

Tu utilises vraiment tout ce que tu conçois ?
Bien sûr ! Pourquoi je vendrais un burger que je ne mangerais pas moi-même ? Si je mets mon nom dessus, je l’utilise.
Un ampli Wylde Audio arrive, non ?
Oui. Un 140 watts. Pas 100, 140 ! Je l’utilisais déjà sur la tournée Pantera. On fera aussi des versions plus petites. Mes amplis ressemblent plus à des meubles qu’à des amplis (rires). Mais ils sont magnifiques. Et les guitares acoustiques arrivent aussi cette année.
Justement, qu’est-ce qu’une bonne guitare acoustique selon toi ?
Elle doit rester accordée quand tu joues Knockin’ On Heaven’s Door. Bonne lutherie. Bonne action. Si les cordes sont à dix centimètres du manche, personne ne va jouer dessus. C’est simple. Helpless de Neil Young est aussi un bon morceau pour tester une acoustique.
Tu te souviens de ton premier choc musical ?
Oui. Mon prof de guitare, Leroy Wright. Il m’a donné des cours pendant deux ans. Le voir jouer Purple Haze, du Zeppelin, puis Crazy Train devant moi… C’était comme un tour de magie. Je regardais ses mains et je me disais : « Comment il fait ça ? » À 14 ans, j’ai su que je voulais faire ça de ma vie.
Ton premier morceau complet ?
Smoke On The Water sur une corde. Puis Iron Man. Et quand j’ai pu jouer Highway To Hell avec le disque, même si Leroy m’avait montré avant… C’était magique. Comme apprendre un tour de passe-passe et réussir à le faire sans se planter. Et ensuite y arriver de nouveau avec Back In Black et ainsi de suite… Je n’ai jamais perdu ce plaisir.

Tu te souviens de la première fois où tu as joué devant des gens ?
Oui. On jouait devant nos potes quand on a monté le premier groupe. Je me souviens d’un concert… dans la cuisine d’une copine, je vous jure. La pièce faisait à peu près la taille de celle-ci (une chambre d’hôtel de taille moyenne). On jouait dans les cuisines, les sous-sols, les salons. Puis il y a eu les « keg parties » dans les jardins, les fêtes avec les fûts de bière dehors. C’était génial. Franchement, des souvenirs incroyables.
Mais ton premier grand concert « professionnel » c’était avec Ozzy, non ?
Oui. Pensacola, en Floride, en 1988. Fuck ! Ça va bientôt faire 40 ans… Quand les lumières se sont éteintes et que j’ai vu l’arène pleine… incroyable. Avant ça, je n’avais pas joué devant plus de 200 personnes et encore, c’était le vendredi ou le samedi avec plusieurs autres groupes. Pas un mec ne venait pour nous spécialement. Mais, vous savez quoi ? Je prends toujours autant de plaisir à jouer devant 30 personnes en acoustique qu’à 100 000 en festival. Tout est beau dans ma vie. Encore une fois, tout ça, c’est cadeau !
Article paru dans le numéro 378 de Guitar Part.
Lancé officiellement en 2014, Zakk Sabbath est d’abord né comme un simple « jam tribute » à Black Sabbath. Très vite, le projet prend une ampleur inattendue, même pour son protagoniste. En formation power trio, Zakk assure guitare et chant, entouré de Blasko (basse, Ozzy Osbourne, Rob Zombie…) et du batteur Joey Castillo (Danzig, Queens of the Stone Age…), remplacé depuis par Jeff Fabb (Black Label Society) selon les tournées. En 2020 sort l’album « Vertigo », relecture intégrale du tout premier Black Sabbath (1970), enregistrée live en studio, sans artifices. Et, en 2024, le groupe frappe fort avec « Doomed Forever Forever Doomed », double album hommage à « Paranoid » et « Master of Reality ». Le projet tourne massivement aux États-Unis et en Europe, aussi bien en clubs qu’en festivals, avec un son volontairement brut : Les Paul et depuis Wylde Audio,, wah, ampli à lampes, et riffs joués comme s’ils venaient d’être écrits. Zakk Sabbath n’est pas un clin d’œil nostalgique : c’est la matrice. Le gamin qui apprenait Iron Man sur une corde est devenu le gardien du temple.

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