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WILLIAM PATRICK CORGAN – Catch me… If You Can !

Billy Corgan a décidé de mettre les Smashing Pumpkins au vert le temps d’une aventure acoustique en solo avec « Ogilala ». Celui que l’on appelle désormais William Patrick Corgan semble libéré d’un poids, alors que les rumeurs de reformation avec le line-up d’origine vont bon train.
Propos recueillis par Benoît Fillette – Photo : © Olivier Ducruix

Comment est né « Ogilala », qui est ton premier album solo en 12 ans ?
William Patrick Corgan : Je travaillais sur un nouvel album des Smashing Pumpkins, mais je n’étais pas satisfait
 de ce que j’avais fait. J’avais fait fausse route et je n’avais plus de plan. J’ai voyagé à travers les États-Unis et j’ai écrit de nouvelles chansons auxquelles je croyais, des chansons plus fortes que celles que je venais d’écrire pour les Pumpkins.

Que cache ce changement de patronyme ? Pourquoi as-tu repris ton nom de naissance, William Patrick Corgan ?
Il y a plusieurs raisons. D’abord, il me fallait un nouveau nom pour ce projet. Et puis, dans mon quotidien, je demandais aux gens de m’appeler par mon vrai prénom, William. Mais dans la presse, cela a commencé à faire les gros titres : « Il change de nom!», comme pour dire « il a encore des problèmes »… Mais c’est idiot. Je n’ai rien fait de complètement fou. Comme ça a l’air de faire jaser, cela me conforte dans ma décision.

La première chanson, Zowie, contraction de Ziggy et Bowie, a fait couler beaucoup d’encre : on la présente comme un hommage à David Bowie…
Non, c’est un journaliste américain qui a déformé mes propos. Mais ce n’est pas très grave, ça arrive. Quand j’ai écrit cette chanson, les accords m’ont fait penser à Bowie, qui venait de disparaître. Alors je l’ai nommée Zowie en son honneur. Mais ce n’est pas un hommage, car je ne l’ai pas écrite à propos de Bowie.

Tu as eu l’occasion de partager la scène avec lui…
Plusieurs fois même, et il m’avait invité au concert de ses 50 ans au Madison Square Garden à New York (le 9 janvier 1997. Ndr). Il a eu une grande influence sur moi : grâce à lui, tu peux être un caméléon et faire ce que tu veux. Il a repris le truc des Beatles qui pouvaient incarner Sgt. Pepper, puis porter la barbe et il a transposé ça au glam. Mais là où les Beatles restaient eux- mêmes, David était un alien venu d’une autre planète. Cette approche influence aussi les films que je fais.

Tu parles de « Pillbox », le film muet dont ton album « Ogilala » se veut la B.O. ?
Oui. C’est un film de 40 minutes qui raconte l’histoire surréaliste d’un soldat lors de la première guerre mondiale. J’ai écrit le scénario du film et j’ai eu l’idée d’utiliser mon album solo pour l’illustrer. Curieusement, les 2 fonctionnent ensemble, même si le film n’est pas forcément calé sur la musique.

On en voit quelques extraits dans le clip de The Spaniards, avec toujours cette référence à Méliès…

Tu trouves ? C’est vrai que dans le cinéma muet des origines, on ne pouvait pas trop bouger la caméra, ils devaient tout filmer très vite et ils peignaient leurs décors. On a gardé cette approche, et on a tout fait en 4 jours.

Pourquoi as-tu convoqué ton vieux camarade des Smashing Pumpkins, James Iha, sur la chanson Processional ?
On a fait la paix (le guitariste des Smashing Pumpkins n’avait pas joué avec Corgan depuis la séparation du groupe fin 2000. Ndr). Il est passé me voir en studio, je lui ai fait écouter mes chansons et ça lui plaisait. Ça m’a fait plaisir, car James connaît ma façon d’écrire mieux que quiconque. Il a apporté sa touche sur Processional avec quelque chose qui lui ressemble et que je n’aurais jamais pensé jouer. C’est comme ça que l’on a toujours travaillé. On est assez complémentaires.

Est-ce que ça te plairait de rejouer avec les Smashing Pumpkins d’origine ?
Oui, mais je ne suis pas seul à décider. Les choses vont bien mieux entre nous. Mais ce qui m’importe, c’est de prendre du plaisir. Je ne veux pas reproduire les erreurs du passé. Et puis on est encore assez jeunes pour jouer notre musique de manière agressive comme on l’a toujours fait. On verra.

Quels pourraient être les obstacles à surmonter ?
Quand on était plus jeunes, on avait notre studio
 de répétition, on était tout le
 temps ensemble. Aujourd’hui,
 il n’y a que Jimmy Chamberlin 
(batterie) et moi qui vivons encore dans l’Illinois. James vit sur la Côte ouest. On ne peut pas se dire simplement qu’on va se retrouver pour jouer. On n’a pas de contrat, pas d’album attendu. Les gens ont une vision romantique des choses : on se retrouve et on joue ensemble, comme au bon vieux temps. Mais la musique des Smashing Pumpkins n’est pas des plus faciles à jouer. Elle nécessite des heures de répétition. Personnellement, j’aimerais que le groupe continue à être créatif et pas qu’il reste ancré dans le passé. J’aime bien jouer nos vieux morceaux, mais je ne veux pas faire que ça.

Ton acoustique signature Yamaha LJ16 ARE tombe à point nommé pour la sortie de ton album solo…
Cela s’est fait par l’intermédiaire de Jeff Schroeder (guitariste des Smashing Pumpkins depuis 2007. Ndr) qui est en relation avec Yamaha. Ils m’ont passé des guitares pour
 les essayer. Pendant des années, 
je trouvais toujours quelque chose 
à redire sur les acoustiques que je jouais sur scène, mais cette guitare s’est révélée parfaite. Quand on a commencé à parler d’un modèle signature, je tenais à ce que cela soit la réplique exacte de celle que je joue. Comme je l’ai fait avec Fender 
à l’époque : les gens pouvaient acheter la même Strat que moi. Les guitares signature devraient toujours être comme ça. Cela a pris du temps, mais j’ai eu ce que je voulais, y compris mon logo 
« zero » sur la tête. On parle déjà de développer d’autres projets… Tu sais, la technologie a changé l’instrument : une acoustique en 2017 doit être
 bien plus qu’une simple guitare. 
Que tu joues sur ton ordinateur, en DI, ou sur scène, ta guitare devra toujours bien sonner. Yamaha a réussi à trouver le bon équilibre pour un prix accessible (moins de 1 300 euros. Ndr). J’ai toujours mes vielles guitares acoustiques, mais question fiabilité, c’est un peu le jour et la nuit : des guitares de grandes marques, qui n’avaient pas été pensées pour toutes les situations dans lesquelles on les joue aujourd’hui. J’ai envie de leur dire : « Hey, c’est vous les gars chargés du développement des produits, vous ne pouvez pas faire mieux que ça, sérieusement ? »…

Et avec quelles guitares as-tu enregistré « Ogilala » ?

J’ai surtout utilisé mon Epiphone Texan de 1962, très puissante. Et puis des vieilles Gibson des années 60, une Hummingbird…

Il y a quelque temps, tu as mis en vente une partie impressionnante de ta collection de guitares et amplis sur le site reverb.com. Combien t’en reste-t-il ?
J’avais 150 guitares. J’ai dû en vendre une soixantaine, je pense… Il doit m’en rester 80.

Tu as même mis en vente ta
 « number 2 », une Strat de 1988 que tu jouais à l’époque de « Siamese Dream » et « Mellon Collie »…
Elle n’est plus à vendre. J’ai reçu plusieurs offres, mais j’ai décidé de la garder. Mais j’ai vendu beaucoup de choses…

Pourquoi as-tu vendu tout ça ?
Premièrement parce que j’avais accumulé trop de matos. Et puis, si 
je ne joue pas ces guitares, autant 
les mettre sur le marché. Un jour, je suis allé voir Cheap Trick en concert. J’étais sur le côté de la scène et j’ai
vu une « recréation » de la guitare de George Harrison sur All You Need Is Love (il parle de la Strat psychédélique « Rocky » peinte par le guitariste des Beatles. Ndr), avec le symbole indien « Om ». Après le concert, j’ai dit à Rick Nielsen que j’adorais sa « recréation » de la Strat. Il m’a répondu : « de quoi tu parles ? C’est LA guitare ! ». Mais comment pouvait-il emmener cette guitare sur scène ? Il m’a répondu : « Les guitares ne sont pas faites pour rester au placard, on doit les jouer ». J’aime bien cette idée. Alors, c’est ce que je veux pour mes guitares, que d’autres les jouent et trouvent l’inspiration.

Quelle est la guitare dont tu ne te sépareras pour rien au monde ?
Ma Stratocaster Bat, la guitare argentée de Mellon Collie (sa « number one ». Ndr). C’est la guitare que j’identifie le plus comme étant MA guitare. Ce n’est pas tant que je l’aime cette guitare, c’est que j’aime tous les souvenirs qui s’y rattachent. J’ai enregistré « Siamese Dream » et « Mellon Collie » avec elle. Elle a quelque chose de magique.

Mais tu ne la joues plus en concert…
Non. Elle est toujours équipée de micros Lace Sensor de l’époque, mais depuis, j’ai réalisé des micros custom chez DiMarzio, qui en sont pour moi la version améliorée (ils équipaient sa Fender Strat signature sortie en 2008. Ndr). Je ne pourrais pas mettre de nouveau micros sur cette guitare, cela détruirait complètement le son auquel on l’identifie.

Tu es un vrai geek des pédales d’effet, mais curieusement, tu n’en as mis aucun en vente, pourquoi ?

J’ai 400 pédales d’effet, essentiellement du vintage, mais aucune n’est à vendre (rires). Les effets, c’est un peu différent…
 Je pourrais toujours en avoir besoin pour créer. Si je décidais d’enregistrer un nouvel album des Smashing Pumpkins, 
il y a un son classique, tu peux évoluer, proposer une nouvelle version, mais au bout du compte, les gens reconnaîtraient immédiatement le son des Smashing. Je voudrais jouer quelque chose de fort, de psychédélique, peut-être une musique plus instrumentale, et pour ça, je ne peux me séparer de mes pédales.

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