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TINA DICO – Le murmure du son

Auteur-compositeur-interprète, Tina Dico est devenue une star dans son Danemark natal. Mais auparavant, elle aura connu une longue période en Angleterre, où on lui promettait une carrière fulgurante, mais où le business a failli la dégoûter de la musique. Cela lui a donné le goût de l’indépendance et lui a valu d’être maintes fois récompensée, notamment pour la musique du film « Oldboys » ou ses albums « In the Red »et « Count to Ten ». Invitée à participer à la campagne d’Amnesty International Make Some Noise, elle s’est vue reprendre Working Class Hero de John Lennon devant rien moins que Peter Gabriel et Yoko Ono. Son neuvième album (en incluant sa série de E.P. »Trilogy) », « Whispers », est l’occasion pour elle de revenir à ses racines folk.
Propos recueillis par Jean-Pierre Sabouret – Photo : © Jean-Pierre Sabouret

Sans être dépouillé, « Whispers » est un album aux arrangements discrets mais efficaces, à contre-courant d’une époque où l’on a tendance à en rajouter quel que soit le style musical…
Je suis allée délibérément vers une simplification maximum au niveau des arrangements. Au départ, j’avais même imaginé encore plus élémentaire, mais, une fois en studio, on a tous les outils nécessaires pour faire évoluer un morceau. Je crois qu’il n’y a plus vraiment de limites désormais et c’est un jeu auquel on se laisse vite prendre… Mais je voulais garder les pieds sur terre avec cet album, rester concentrée sur les ingrédients vraiment essentiels, à commencer par la guitare. Je ne pensais pas que ce serait aussi difficile de rester simple (rires).

Toi qui as connu toutes sortes de studios et qui t’es essayée dans un style plus pop, qu’est-ce qui t’a rapproché des ambiances folk ?
J’ai eu la chance immense de pouvoir jouer et enregistrer comme je le voulais grâce à la complicité que j’entretiens avec mon mari (Helgi Jonsson, Ndr). Je le connais et je fais de la musique avec lui depuis tant d’années… C’est un nerd des techniques d’enregistrement, il a monté un excellent studio au sous-sol de notre maison à Reykjavik, en Islande, où nous vivons depuis près de trois ans. Presque tout est enregistré dans les conditions du live, on a donc du chant dans les micros destinés à la guitare et de la guitare dans les micros chant. Il y a plus d’intensité et de vie de cette façon. Mais également plus de subtilité. J’ai mis des années à apprendre à nuancer mon jeu et ma voix, à murmurer parfois… On n’a pas forcément besoin de hurler pour mieux se faire entendre. C’est un peu comme les acteurs de théâtre qui débutent au cinéma : ils ont tendance à surjouer, alors que, comme en studio, la caméra permet de saisir toutes sortes de nuances.

Te sens-tu différente aujourd’hui de celle qui a fait ses débuts il y a une quinzaine d’années ?
J’ai donné mon tout premier concert en 1998, donc ça va faire dix-sept ans, mon dieu ! Oui, cet album aurait été complètement différent si je l’avais enregistré à l’époque. Mais il aurait été aussi très différent il y a quatre ou cinq ans… Il me semble qu’une certaine sérénité a fini par s’imposer au plus profond de moi. J’ai longtemps été impatiente et débordante d’énergie. J’avais besoin de bouger en permanence. Ma musique s’en ressentait, comme si je cherchais un Eldorado ou le Graal. Je n’étais jamais contente de ce que j’avais. Aujourd’hui, je ne saurais même pas dire ce que je pouvais bien chercher. Même si mes textes sont souvent sombres encore aujourd’hui, je me sens apaisée. Lorsque j’ai commencé à travailler sur les morceaux de « Whispers », c’était pour un projet de film et j’avais à l’esprit un personnage masculin. J’ai donc instinctivement recherché une approche plus directe et simple, comparée à celle où je m’inspirais essentiellement de mon expérience personnelle. Mais je me souviens que, vers l’âge de six ans, j’apprenais le piano, et mon professeur voulait me faire apprendre des choses très compliquées alors que je voulais me contenter de qui donnait des cours de guitare et de batterie. J’ai pris les deux et je crois que ça s’est un peu mélangé (rires). Je ne crois pas que j’étais une très bonne élève…

Qu’as-tu étudié à la Royal Academy of Music ?
Surtout le chant, mais, comme pour le piano ou la guitare, je crois que je n’étais pas assez motivée… Je ne comprenais pas ce qu’on voulait m’enseigner. Moi, tout ce que je désirais, c’était de connaître les bases pour écrire des chansons et faire de la scène. J’ai préféré tout lâcher et partir à Londres pour essayer de me lancer.

Avant cela, tu avais eu le cran de créer ton propre label pour sortir ton premier album, « Fuel »…
Après avoir remporté plusieurs tremplins et reçu toutes sortes de propositions, rien de concret ne venait… J’ai fini par en avoir marre de me faire balader par les maisons de disques. Tout ce que leurs responsables recherchent, ce sont des succès radios faciles ; on ne me voyait que comme une chanteuse pop. Avec eux, ce n’est jamais le bon moment. J’étais trop impatiente et j’ai préféré emprunter de l’argent et enregistrer comme et quand je le voulais. Avec mon père, nous avions fait un budget prévisionnel avec les ventes que nous espérions ; la banque nous a suivis. Depuis, j’ai eu plusieurs rendez-vous avec quelques gros labels, et à chaque fois, j’ai fini par les trouver grotesques ou ennuyeux. J’aime trop ma liberté. Et je suis persuadée que ma carrière se serait terminée il y a longtemps si j’avais fait ce qu’on me disait dans les maisons de disques. Comme celle de tant de chanteuses qui ont suivi leurs précieux conseils…

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