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TAYLOR – Andy Powers, le luthier de la marque, dévoile les secrets du modèle GT

Andy Powers, l’héritier de Bob Taylor qui conçoit depuis 2012 chaque nouvelle invention de la marque californienne, nous en dit plus sur les ingrédients de la Grand Theater : son format compact, son barrage inédit, ses bois durables, avec chevillé au corps ce mélange indéfectible de pédagogie et d’éloquence, de passion et de jovialité.
Propos recueillis par Flavien Giraud

Parlons de ce nouveau barrage C-Class et de son fonctionnement ; en quoi diffère-t-il du V-Class (un barrage en forme de V plutôt qu’en X) ?
Andy Powers : C’est un des éléments qui caractérisent la GT. Le concept de barrage en V m’a amené à réfléchir sur d’autres déclinaisons envisageables, mais en partant des mêmes principes : la rigidité, qui contribue au sustain, et la souplesse, qui va amener du volume. L’idée du C-Class en était une variante, mais que j’avais rejetée en ce qui concerne des guitares de taille standard, pour lesquelles je préfère un design symétrique. Mais comme le C-Class est asymétrique, il permet d’obtenir délibérément un voicing asymétrique. Parce que la table ne va pas avoir une mobilité parfaitement uniforme, elle aura au contraire tendance à vibrer sur une certaine portion et sur une certaine plage de fréquences. C’était parfait pour la GT, parce qu’un instrument avec un corps si petit va naturellement avoir une réponse un peu faible dans les basses, et manquer de dynamique, de puissance. Je voulais remédier directement à ça et que cette guitare donne l’impression qu’elle a plus de chevaux sous le capot que la petite taille de son corps ne le laisse penser !

Une manière de compenser sa taille…
Exactement. Mais au-delà de l’aspect technique, la seule chose que je recherche, c’est que l’instrument soit fun à jouer ! Qu’il donne envie : si ça peut inspirer un musicien, alors c’est parfait. Si tu regardes sous une table C-Class, tu lui trouveras un air de famille avec le V. C’est comme s’il y avait la moitié d’un V, tandis que l’autre partie va accentuer la puissance dans les basses.

Tu disais en conférence de presse que tu travaillais à ce projet depuis plusieurs années…
J’avais effectivement dessiné la forme en 2013 : elle découle des lignes de la Grand Orchestra qu’on développait à l’époque et dont les proportions sont superbes. Donc j’en ai fait une au corps plus petit, en me disant que ça pourrait très bien fonctionner en ajustant la longueur du diapason. J’adore la tension des cordes et le feeling d’une guitare accordée en Mi bémol, mais je veux pouvoir jouer à la hauteur habituelle : donc le diapason est équivalent à une longueur de 25”½ dont on retrancherait la première case. J’en ai construit une, avec un barrage en X, mais j’avais le sentiment que ce n’était pas fini. J’ai commencé à travailler sur l’idée du V-Class peu de temps après, pendant que cette guitare continuait de mijoter ! Et à vrai dire, une des raisons pour lesquelles j’avais besoin d’un nouveau schéma de barrage, c’était justement pour rendre cette guitare possible.

Combien de projets mènes-tu en parallèle ? ça doit être frustrant d’en mettre entre parenthèses pour se concentrer sur l’un ou l’autre…
Oui, mais c’est quelque chose que j’ai fini par apprécier. Je ne saurais dire le nombre exact, mais il y a plusieurs douzaines d’instruments qui attendent leur tour. C’est comme quand on écrit des chansons : tu peux avoir un riff, une mélodie, sans nécessairement le refrain qui convient… Donc tu te retrouves avec des carnets remplis de tous ces petits bouts en sachant que ça trouvera sa place un jour. C’est un peu comme si j’avais dans la tête un de ces tableaux de liège où tu peux épingler plein de notes. Et à un moment tu réalises que certaines sont liées, tu commences à les connecter entre elles ! Ça prend du temps de développer un instrument, et les bonnes idées se présentent le moment venu.

Par rapport à d’autres modèles Taylor plus luxueux, la GT donne une impression de simplicité…
Quand je fabrique un instrument, je veux que son aspect évoque la sonorité qu’il produit, qu’il sonne comme il en a l’air, qu’il ait une personnalité… On a fait des guitares plus élaborées et plus généreusement décorées, mais je ne voulais pas que la GT renvoie l’image d’une guitare « sérieuse » ; elle est sérieuse, mais sérieusement fun ! C’est la gratte que tu attrapes pendant cinq minutes à chaque fois que tu en as l’occasion, que tu emmènes au parc, à la plage, ou chez les copains… Ce n’est pas une guitare sur laquelle tu verrais quelqu’un jouer un récital classique. Si tu mets une guitare flamenco à côté d’une guitare classique sérieuse, les deux peuvent être géniales, mais il y a un côté populaire et accessible dans la guitare flamenco qui la rend attirante. Il y a quelque chose de flamenco dans le caractère de la GT, dans son timbre et son allure, comme dans sa grande légèreté.

Parlons des bois utilisés pour sa fabrication…
Le manche est en acajou des Fidji : ces arbres avaient été plantés il y a une centaine d’années par les Anglais, du temps de la colonisation, spécifiquement pour un usage en ébénisterie. Ils sont coupés aujourd’hui de manière très saine, et on utilise cet acajou dans un grande nombre de nos guitares. Pour la touche et le chevalet en eucalyptus fumé, c’est un modèle forestier assez similaire : ces arbres ont été plantés en Espagne pour servir aux métiers du bois. C’est excitant d’intégrer des matériaux de ces différents projets de foresterie. Et le dos et les éclisses viennent de ce frêne de ville qui est récupéré auprès de municipalités du sud de la Californie. Donc en termes de provenance des bois, c’est la guitare de demain. On ne veut pas exercer une trop grand pression sur la moindre de ces espèces au point de les mettre en danger. C’est pour ça qu’on diversifie.

Et c’est parfois plus dangereux encore d’arrêter d’utiliser une essence, plutôt que de continuer à l’employer de manière raisonnée pour que sa protection soit assurée…
C’est vrai. On se procure par exemple de l’acajou depuis longtemps en Amérique Centrale, au Guatemala et au Belize. On travaille en direct avec une communauté qui est autorisée à couper un certain nombre d’arbres chaque année : sans ce commerce, ces forêts seraient décimées et rasées à blanc pour utiliser la terre à d’autres fins. Une grande étude a été menée par une université américaine, qui a conclu que c’était de loin le meilleur moyen d’empêcher la déforestation, du fait de la valeur de cette ressource. Donc en faisant un lent travail de foresterie écologique dans ces régions, c’est un très bon levier pour leur protection. Dans chaque partie du monde, il y a des mécanismes uniques que tu peux utiliser pour en tirer, sur le long terme, une ressource durable.

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