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REPORTAGE – Au studio Kerwax, le vintage est à l’honneur

Pour enregistrer son troisième album, Stonebirds a une nouvelle choisi sa région d’origine, la Bretagne, en investissant début juillet 2019 les murs du studio Kerwax pendant quelques jours. Bienvenue dans la maison du vinyle.
Texte & photos : Olivier Ducruix

Loguivy-Plougras, un village breton de quelques 900 habitants situé entre Guingamp et Morlaix, dans les Côtes d’Armor. C’est dans ce bourg aux charmes indéniables que le studio Kerwax a élu domicile en 2012, et plus particulièrement dans l’ancien pensionnat catholique pour garçons de la ville. Un bâtiment immense et un véritable coup de cœur immédiat pour Christophe Chavanon, le maître des lieux. « Nous cherchions des lieux atypiques dans la région, comme une ancienne usine désaffectée ou une vieille sardinerie, et nous avons trouvé par hasard cet ancien pensionnat, qui était abandonné depuis plus de 20 ans. La mairie ne savait pas trop quoi en faire et a accepté notre projet culturel de transformer l’endroit en studio. La beauté des pierres m’a de suite inspiré et en entrant dans le bâtiment, j’ai fait comme tous les ingénieurs du son : j’ai claqué dans mes mains pour voir comment ça sonnait (rires) ! Vu la grandeur du lieu, nous avons rapidement compris que nous pourrions accueillir, certes des groupes de rock, mais également des grandes formations de musique classique ou des big bands, et proposer des résidences pour différents artistes. » Des vieilles pierres, des hirondelles à profusion qui font leur nid un peu partout dans les coins des fenêtres du bâtiment. Quoi de plus normal que de retrouver Stonebirds dans ce lieu pour l’enregistrement de son troisième album ?

Invitation au voyage
Au fil du temps, le trio a noué une relation privilégiée avec le studio, ce qui a permis au groupe d’aborder sereinement cette nouvelle aventure, d’autant plus que le timing était serré : 5 jours pour tout enregistrer, parties vocales et arrangements compris. « Nous sommes revenus à Kerwax d’abord parce que nous aimons la façon de travailler de Christophe. Ensuite, parce qu’il nous semble important de garder une trame sonore homogène dans nos réalisations. Et puis, l’ambiance générale ici fait que nous nous y sentons à l’aise. Nous y trouvons aussi un confort pour enregistrer en live. » Le trio a opté pour la captation en direct en se passant de clic pour mieux faire vivre ses chansons et son mélange de stoner et de sludge. « Notre musique a besoin de variation dans le tempo. C’est un peu comme un voyage et tu ne peux pas rester sur une ligne droite pendant 8 minutes. » Le résultat de ces quelques jours passés en terre bretonne donnera naissance au magnifique « Collapse And Fail ».

À l’ancienne
Live et sans filet, une manière d’aborder l’enregistrement qui caractérise à merveille l’approche artistique défendue par Christophe Chavanon. « J’ai une manière de travailler un peu à l’ancienne, en analogique, sur bande magnétique », explique l’intéressé. « Même si ça revient un peu, nous ne sommes plus beaucoup à fonctionner ainsi, dans les conditions du live. C’est avant tout pour retrouver un savoir-faire, mais aussi pour obtenir une production plus chaude et naturelle, le tout à la lumière du jour. C’est quand même plus sympa que d’être enfermé dans une cave !  Attention, j’apprécie aussi la musique très produite, mais j’aime sentir le côté humain. Et tant pis, s’il y a des pains. J’ai la chance que la configuration de l’endroit me permette de travailler ainsi. » Si groupes et artistes, quel que soit leur style de musique, viennent à Kerwax pour son savoir-faire, Christophe sait aussi que d’autres raisons poussent les protagonistes à venir s’enfermer chez lui. « Beaucoup de passionnés viennent ici pour y trouver une collection de matériel qui a marqué l’histoire, des années 40 aux 80’s. Cela fait 30 ans que j’en collecte et je ne suis pas du genre à le revendre… De plus, j’ai rencontré Klaus Blasquiz, l’ancien chanteur de Magma, qui est un fou de l’histoire de l’audio liée à l’électricité, de la table de mixage aux guitares, en passant par les enceintes, les magnétos… Du coup, l’envie de monter un musée est née, mais cela risque de prendre un peu de temps… » Un musée qui sera privé dans un premier temps (avec des workshops, des sessions de maintenance du matériel, etc…) et ouvert au public par la suite.

Selmer Thunder Twin 30 (1962)
Vox Defiant, le premier ampli à transistors de la marque (entre 1969 et 1972)

Travail d’équipe
Ingénieur du son (et musicien) autodidacte, Christophe Chavanon n’est pas qu’un simple « pousse-boutons ». Dès que le projet peut lui permettre de sortir de ses fonctions d’ingénieur du son, il n’hésite pas à foncer, encore plus quand la motivation est tenace, en s’impliquant davantage dans la réalisation d’un disque. « Pour ce troisième album, j’aide Stonebirds sur un plan artistique, mais également financier. Certes, le groupe a les moyens d’enregistrer ici, mais pas suffisamment pour tout faire. Je préfère coproduire parce que j’aime ce que font les gars et je récupère une partie des vinyles que j’écoule ensuite de mon côté. C’est un échange de bons procédés. Je viens du milieu indé et je préfère fonctionner ainsi plutôt que d’être un lieu élitiste pour grosses productions parisiennes ou maisons de disques. » Kerwax est un studio à part, atypique et hors du temps. Un endroit magique et terriblement attachant où le vintage est roi, l’échange permanent et le vinyle très présent, du nom de l’endroit – littéralement la « maison » de la wax en breton – jusqu’au mastering (Christophe en réalise deux, un pour le numérique, l’autre spécialement dédié à la galette noire). Oui, la Bretagne, ça vous gagne.

L’impressionnant panneau de patchs de câbles Tuchel appartenait au studio des Dames (1974)

Photo d’ouverture
Pièce maîtresse de Kerwax, la console de son a été faite sur mesure avec une base empruntée à la table du mythique Studio des Dames et l’ajout de modules à lampes.

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