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PHILIPPE ALMOSNINO – High Vintage Rock’n’Roll

Guitariste des Wampas de 1991 à 2015, un groupe que les amateurs de punk rock made in France connaissent bien, accompagnateur ou collaborateur talentueux et discret pour divers artistes français (Les Dogs, Tarmac, Déportivo, Daniel Darc, Vanessa Paradis, Johnny Hallyday), Philippe Almosnino est aussi un grand passionné de belles et vieilles guitares.
Propos recueillis par Olivier Ducruix – Photos : © Olivier Ducruix

 

Peux-tu nous dire quelques mots sur ton parcours de guitariste ?
J’ai toujours fait de la musique dans ma vie… Cela fait plus de 30 ans que je joue de la guitare et presque 25 passés dans les Wampas. Il m’arrive également d’accompagner d’autres artistes ou de faire des sessions d’enregistrements pour d’autres, pour des disques, mais aussi pour des musiques de films, de pubs, de dessins animés.

Tu as eu une formation musicale quelconque ?
Je suis allé au Conservatoire quand j’avais une quinzaine d’années où j’ai suivi des cours de jazz pendant 3 ans environ. Cela m’a donné des bases pour ce qui est du solfège, du rythme ou encore de l’harmonie et ainsi mieux comprendre comment fonctionnait un accord.

Et le passage au rock s’est opéré comment ?
J’avais un grand frère qui écoutait énormément de musique quand j’étais ado. Il allait voir également beaucoup de concerts. Et quand j’ai été en âge de l’accompagner à ces concerts, cela a totalement changé ma vie. Je ne voulais plus faire qu’une seule chose : jouer de la musique. Bien sûr, je ne savais pas à cette époque si cette activité allait devenir mon métier, mais j’ai vraiment eu comme un déclic en voyant sur scène les Clash à Mogador, les Stray Cats à l’Olympia et les Cramps à l’Eldorado.

Est-ce lors de cette triple révélation que tu as eu ta première guitare électrique ou est-ce un peu plus tard ?
J’ai de suite eu une guitare électrique et une basse. La guitare sèche ne m’attirait pas du tout. À cette époque, j’écoutais autant du rock’n’roll joué par les pionniers du genre, Gene Vincent, Chuck Berry, Eddie Cochran, que du punk avec les Clash, les Sex Pistols ou encore les Ramones. Pour moi, c’était deux genres musicaux qui avaient des similitudes. Par contre, je n’aimais pas les Beatles ou tous les trucs de rock progressif qu’il y avait à cette époque, tels que les Pink Floyd, Yes… J’aimais la musique plus directe et cela englobait aussi le swing ou la country.

Vu les groupes ou les artistes que tu cites, on peu en déduire qu’il y avait déjà une certaine attirance pour les guitares hollowbody, non ?
Il est clair que Brian Setzer et Eddie Cochran ont été mes deux premiers guitar heroes, même si un paquet d’années les séparait. Je ne me souviens plus de ma toute première guitare, mais la première gratte sérieuse que j’ai eue était une Gretsch. À 17 ans, j’ai travaillé pendant deux mois à l’hôtel Scribe où j’y réparais des robinets pour pouvoir me payer cette guitare ! Après ça, n’y tenant plus, je suis vite allé chez Daddy Music pour enfin m’acheter une Gretsch Tennessean de 1964.

On est au milieu des années 80 et ton choix se porte déjà sur des instruments vintage ?
Les Gretsch récentes n’existaient pas, il n’y avait pas encore eu de rééditions des anciens modèles. Fender Japon avait réédité des Strat et des Telecaster, les fameuses « JV » pour Japan Vintage, mais dans les années 80, les modèles des années 50 ou 60 n’avaient pas encore connu de rééditions, même si on trouvait parfois des copies de ces instruments. À cette époque, sans trop savoir pourquoi, les Gretsch n’avaient pas bonne réputation. On me disait souvent qu’elles étaient injouables… Et pourtant, la première que j’ai prise en main était juste incroyable. Chez Daddy, j’en avais essayé deux : une Country Gentleman de 1959 qui valait vraiment chère, bien au-delà de mon budget en tout cas, et cette Tennessean de 1964. Et bien les deux étaient vraiment des grattes de folie avec un manche respectif ultra confortable.

Donc, tu as mis un premier pied dans le monde du vintage sans le faire totalement exprès…
Disons que je ne me suis jamais dit que j’allais m’acheter une vieille guitare. Le plus important était que j’allais avoir une Gretsch. Si j’avais été un fou de Telecaster à cette époque, là j’aurais pu acquérir un modèle des années 70 ou 80. Mais bon, je ne connaissais pas grand chose du monde du vintage, je ne me souciais pas du numéro de série, du logo. Je regardais juste l’instrument qui me faisait penser à des photos de mes artistes préférés.

Comment ton intérêt pour le vintage a-t-il grandi ?
Quand j’ai eu cette Gretsch Tennessean, je n’arrêtais pas de la regarder toute la première semaine sans même pouvoir la jouer tellement je la trouvais incroyable ! Ensuite, je l’ai emmenée un peu partout avec moi pour les concerts, les répétitions. Elle ne me quittait plus. Et quand j’essayais les grattes d’autres copains, je trouvais qu’aucune d’entre elles n’arrivait à la hauteur de ma Gretsch. C’est à partir de là que je me suis dit que les vieilles guitares devaient sans doute plus me parler que des modèles plus récents. Ce qui a également joué, c’est que dans tous les groupes que j’amais, les guitaristes jouaient sur des vieilles guitares, des Stray Cats à The Clash, en passant par les Ramones et les Cramps. J’ai toujours acheté des guitares en référence à un son d’un artiste, ce qui est assez normal vu qu’au début, je n’y connaissais rien.

Quand as-tu commencé à constituer ton cheptel de guitares vintage ?
Difficile à dire comme ça… Disons que j’essayais d’économiser pour m’en payer une par an environ. À l’époque, cela ne coûtait pas trop cher et puis il y avait quand même du choix entre Guitar Express et Magnetic France à Nation, chez Daddy aussi.

On imagine qu’il n’y a pas que le look qui te pousse à acquérir une guitare…
Bien sûr que non, il y a évidemment le son qui reste un paramètre important. Pendant longtemps, j’ai cherché une Telecaster que je ne trouvais pas parce que j’avais une idée bien précise du son que je voulais. Dans ce cas-là, il faut juste être patient car, à un moment, à force de trainer dans les magasins de musique, on finit par trouver la guitare recherchée. Et puis avec l’âge, on évolue en tant que guitariste, dans ses goûts musicaux aussi et les paramètres quant au choix d’une guitare vintage changent également.

Tu joues ou accompagnes ou travailles avec différents artistes. As-tu déjà acquis une guitare en fonction d’un projet musical bien précis ?
C’est déjà arrivé, mais pour le coup, cela fait moins partie du fantasme parce que la guitare en question a une utilité définie. D’ailleurs c’est rarement une guitare vintage que je vais prendre dans ce cas. Je vais plus choisir une guitare pour partir sur la route. Pour moi, une guitare vintage tient vraiment du désir, du fantasme, avec une histoire bien à elle. C’est un peu comme une rencontre… Jamais je ne me suis dit que j’allais partir faire les magasins et revenir ensuite avec une Les Paul Junior car il y a peu de chance d’en trouver une au coin de la rue ! Il m’est parfois arrivé d’aller dans un magasin pour simplement acheter des cordes et tomber sur une guitare incroyable par hasard. Et là, on ressent quelque chose que tous les amateurs de guitares vintage ou pas connaissent : on sait qu’on vient de se faire attraper par la guitare et qu’il va falloir absolument l’acheter.

Tu parles de hasard, mais il y a quand même dans les guitares que tu possèdes certaines que tu cherchais vraiment, non ?
Oui, comme la Telecaster dont je parlais. Mais mon fantasme ultime était de posséder une Gretsch Chet Atkins 6120. J’en ai acheté une première, puis une deuxième, et à chaque fois que je prends mes deux 6120 pour les jouer, elles me comblent totalement. C’est comme si à chaque fois je les découvrais comme au premier jour. Elles sonnent, elles sont belles… Quelque part, le fantasme est assouvi. J’ai aussi longtemps cherché une Les Paul Junior et finalement j’en ai trouvé une. Mais pour la Jazzmaster que je possède, je n’étais pas parti pour en acheter une. Sauf que je suis tombé par hasard sur une Jazzmaster Shorline Gold de 1962 qui sonnait fabuleusement bien et qui n’était pas chère, ce qui peut paraître un peu étrange aujourd’hui. Il y a aussi les voyages. Je suis souvent parti en Angleterre et aux États-Unis et, comme les prix sont vraiment abordables là-bas, surtout dans les années 90 où le dollar était assez bas et avec en plus pas mal de bonnes affaires dans les pawn shops, j’ai pu ramener quelques grattes.

Ton parc de guitares est assez important. Tu ne peux pas non plus toutes les utiliser et certaines doivent sans doute rester un peu plus en sommeil que d’autres. Tu ne cherches pas à revendre ou échanger ces dernières ?
Je m’attache très vite aux instruments et j’ai du mal à m’en séparer car je me dis toujours que j’ai fait telle chose avec l’une, une session, un disque, une tournée… Je suis très sentimental avec mes instruments et pour les très rares grattes que j’ai pu revendre, j’essaye toujours de savoir qui les a achetées. J ‘avais une Telecaster blanche de 1969 que j’avais décidé de laisser en dépôt dans un magasin. Lorsqu’elle fut vendue, je suis passé dans cette boutique et j’ai demandé qui était l’acheteur. C’était Mathieu Chédid et cela m’a bien fait plaisir que ce soit lui qui l’ait acquis. Je sais que cette guitare existe toujours et qu’elle est jouée… Et ça me plait.

Lorsque tu achètes une guitare vintage, aimes-tu connaître son histoire ?
C’est souvent difficile de la connaître, à part si l’achat se fait auprès d’un particulier. Il n’est jamais facile de remonter l’historique d’une guitare à plus de deux possesseurs. J’ai un étui de guitare avec une étiquette de guitare presque effacée où l’on peut deviner le nom de Danny Gatton. Bon, je ne sais pas du tout si cet étui a appartenu à Danny Gatton ou si c’est quelqu’un d’autre qui a ajouté ce nom, juste pour faire bien ! Rien n’est moins sûr…

Comment as-tu parfait tes connaissances en guitare vintage ? En lisant des livres sur le sujet ?
Oui, par exemple, et en discutant avec des personnes qui maitrisaient bien le sujet, comme Patrice Bastien. Cet homme est un puits de science et connaissait par cœur tous les modèles qu’il vendait dans son magasin. Il y avait également Jacques Mazzoleni qui lui ramenait des guitares… Quand tu parles avec ces gens-là, tu ne peux que vite apprendre. Question bouquins, j’en ai lu quelques-uns aussi, comme le Duchaussoir. C’est avec tout cela que j’ai appris la rareté de certains modèles, la façon de reconnaître si c’est une vraie guitare vintage, etc…

Tu es passionné par le sujet, mais sans être collectionneur. Jusqu’où peut aller ta passion ? Jusqu’à ne pas acheter un vieux modèle parce que certaines pièces de l’instrument ont été changés ?
Une guitare qui me plait, qui sonne bien et qui soit le plus intègre possible. Après, si les mécaniques ont été changées, cela ne me gêne pas vraiment… En tout cas beaucoup moins que si ce sont les micros qui ont été remplacés. Là, je tique un peu, voire même plus, car pour moi, le micro est le cœur de la guitare. Et je ne suis pas sûr d’acheter la guitare dans ce cas précis. Mais cela dépend de la guitare… Pour une guitare rare, personnellement, je préfère qu’elle soit refrettée et jouable, plutôt que le contraire et qu’elle finisse accrochée à un mur.

Tu pars souvent en tournée. Emmènes-tu tes guitares vintage sur la route ?
J’ai pendant très longtemps utilisé des vieilles guitares et de vieux amplis en tournée et maintenant, c’est de moins en moins et ce, pour plusieurs raisons : d’abord parce que les conditions de tournée sont toujours un peu dures et que ce genre d’amplis ne supporte pas cela, même s’ils sont en flight. Ce fut ma première décision. Le choix de ne plus trop prendre des guitares vintage a suivi ensuite. Je ne me vois pas dire à un guitar tech, qui tous les soirs de la tournée déballe des guitares, de faire attention à tel détail, telle vis, tel point plus fragile que d’autres et que la guitare qu’il a dans ses mains est rare et donc coûteuse… Ce n’est pas un service que je lui rends, c’est au contraire beaucoup de stress. Peu à peu, vu que j’en ai une utilisation quotidienne, je prends de moins en moins de vieux instruments. Les Fender que j’ai m’accompagnent encore car je les trouve plus solides que les Gretsch ou les Gibson. Imagine un peu, un potard de Gibson peut valoir jusqu’à 500 dollars… Par contre, en studio, je ne me gêne pas de les prendre avec moi et il ne faut pas avoir forcément l’oreille fine pour se rendre compte qu’une guitare vintage sonne beaucoup mieux qu’une guitare plus récente. Jouer sur de vieux instruments en studio, je ne sais comment dire… Cela me rassure, me met en confiance. Quand je prends ma Telecaster de 1966 ou ma Les Paul Junior de 1958, je ne me pose pas la question une seconde de savoir comment cela va sonner. Que je branche l’une ou l’autre dans un Vox pour la première ou dans un Marshall pour l’autre, je sais que j’aurai le son quoiqu’il arrive et que je pourrai me concentrer uniquement sur ce que je fais.

Tu viens de citer deux associations légendaires : Tele/Vox et Les Paul/Marshall. Pour toi, une guitare vintage doit-elle être nécessairement branchée à un ampli tout autant vintage ?
Non, pas spécialement. Personnellement, j’enregistre beaucoup de parties guitare en passant en direct par la console parce que pour les guitares en son clair, c’est souvent ce qu’il y a de mieux. Et j’utilise tout autant des pédales d’effet vintage que plus modernes. Je mélange un peu tout, du moment que le son me plait. Je ne suis pas du genre à sortir l’ampli de la même année que la guitare pour la jouer. Et pourquoi pas le jack aussi (rires) ! Là, ça devient une obsession et ça n’a plus rien à voir avec la musique.

Tu as réalisé ton fantasme ultime avec la Chet Atkins 6120 de 1956 et tu as réussi à mettre la main sur cette Gibson Les Paul Junior de 1958. Ce qui veut dire que tu n’es plus à la recherche d’une autre guitare qui pourrait te faire encore rêver ?
Ce n’est pas tout à fait ça… Disons que je n’ai pas les moyens de mes goûts. J’adorerai avoir une Strat ou une Telecaster des années 50, mais cela devient extrêmement rare à trouver et quand on tombe dessus, c’est hors de prix. Et comme je pense être exigeant dans mes goûts, je ne vais pas en acheter une qui ne me satisfera pas.

Tu as donc senti qu’à un moment, les prix des guitares vintage explosaient totalement ?
Il y a toujours eu des guitares très chères. À un moment, c’était drôle d’acheter des guitares vintage. Pour l’équivalent de 500 euros aujourd’hui, à l’époque, tu pouvais acquérir de belles Fender des années 60, une Mustang ou une Musicmaster. Je me souviens encore très bien de l’époque où une Les Paul Junior pouvait coûter dans les 3000 francs… Aujourd’hui, le prix d’un exemplaire qui n’a pas été cassé commence dans les 4000 euros. Quand j’allais aux États-Unis, je savais que j’allais revenir avec une guitare vintage. La dernière fois que j’ai fait un tour au Guitar Center de Los Angeles, j’y ai vu plein de belles grattes qui me plaisaient, mais totalement hors de prix. Quand je vois le prix d’une Les Paul Standard de 1959, franchement, c’est complètement dingue. J’en ai essayé deux ou trois, des Standard ’59 et ’60. Ce sont bien sûr d’excellentes guitares et peut-être l’un des modèles le mieux construit de tous les temps avec un son incroyable. Des gens sont prêts à débourser 250000 dollars pour en avoir. Est-ce que cela les vaut ? En tout cas, je ne me vois pas sortir une telle somme, même pour une guitare d’exception.

De gauche à droite : Fender Jazzmaster Shoreline Gold (1962), Fender Mustang Daphne Blue (1966), Gretsch Duo Jet 6128 (1956), Gretsch Chet Atkins 6120 (1956) et son Cowboy Case
De gauche à droite : Fender Jazzmaster Shoreline Gold (1962), Fender Mustang Daphne Blue (1966), Gretsch Duo Jet 6128 (1956), Gretsch Chet Atkins 6120 (1956)

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