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METALLICA – Inside Kirk Hammett

Ses cours de gratte avec Joe Satriani, l’influence de Pat Travers sur son jeu, les débuts de l’alien Yngwie Malmsteen, le lancement de sa marque de pédales KHDK et la participation de Greeny à l’album de Metallica « Hardwired… To Self-Destruct ». Kirk Hammett nous dit tout, après 20 minutes de yoga pour se mettre en condition !
Propos recueillis par Benoît Fillette

« Hardwired… To Self Destruct » marque un retour aux sources du thrash avec un son plus moderne. Comment l’expliques-tu ?
Kirk Hammett : Quand on a commencé à travailler sur cet album, on avait envie de revenir à la simplicité et à l’agressivité de « Kill Em
 All ». Mais en écoutant tout ce que l’on a enregistré, j’entends
 un peu de « Kill Em All », « Ride The Lightning », « Justice For
 All », « Master Of Puppets »,
« Black Album »… Tout est là ! Musicalement, on est toujours les mêmes gars que l’on a toujours été. On est capables de fouiller dans notre passé, d’écrire un certain type de musique… Je peux jouer aujourd’hui comme à mes débuts. Je me rappelle très bien de mes premiers licks. C’est un peu ce que l’on a cherché à faire, tout en créant quelque chose de différent, de nouveau, mais avec la même inspiration. Et pour tout dire, la façon dont j’ai enregistré les solos de cet album est assez semblable à « Kill Em All ». Je n’ai rien préparé, je n’ai rien bossé 
en amont. C’était très ouvert à l’improvisation, à la spontanéité, pour capturer un moment, me surprendre moi-même.

Tu mets un point d’honneur
 à créer des solos à la fois mélodiques et techniques….

La mélodie est très importante
 à mes yeux. On peut toujours apprendre un truc par cœur, le répéter encore et encore. Je n’ai jamais joué un solo pour étaler des techniques. J’ai toujours cherché à amener la chanson ailleurs. Et tant pis si mes solos ne sont pas parfaits.

Peux-tu revenir sur ces guitaristes qui t’ont le plus influencé à tes débuts ?

Je suis un gamin des années
 70. Comme tous les gars de ma génération, j’ai écouté Jimmy Page, Jeff Beck, Eric Clapton, Jimi Hendrix… Et puis Thin Lizzy, ZZ Top, UFO, Scorpions et Pat Travers, même si je n’en parle que très rarement. Pat Travers a eu beaucoup de succès aux États- Unis avec son album « Live ! Go For What You Know » (1979). Du début à la fin, c’est une véritable démo de guitare. L’autre guitariste était Pat Thrall. Il a rejoint le Pat Travers Band sur le quatrième album. Je le connaissais parce qu’il était de la Bay Area, comme moi. J’avais cette méthode qui s’appelait « Improvising Rock Guitar », et le guitariste qui faisait tous ces exercices débutant et qui jouait tous les plans de Chuck Berry sur le petit vinyle souple livré avec, c’était Pat Thrall ! Quand il a rejoint Pat Travers, c’était énorme. Voilà pour mon premier cercle d’influences. Le second, c’est quand j’ai pris
 des cours avec Joe Satriani. 
J’ai souvent parlé de l’énorme influence que Joe Satriani a eu 
sur ma vie, mon jeu, ma carrière. À l’époque, c’était un professeur de guitare, et moi j’étais son élève. Nous étions des musiciens de la Bay Area, qui essayaient de faire leur trou. Joe jouait dans un trio qui s’appelait The Squares, plutôt pop, avec beaucoup de guitares. Mêmes mes potes fans de heavy metal allaient aux concerts de The Squares juste pour voir jouer Joe avec ses longs cheveux bouclés (rires).

Qu’as-tu appris de lui ?
D’abord, il m’a appris tous les secrets du manche, les modes 
sur 3 octaves, la pentatonique majeure, mineure, les arpèges sur 3 octaves, la construction d’un solo, toutes les bases en somme. Lors de ma seconde leçon avec Joe, je bloquais sur une gamme
 et il m’a dit : « Stop. La prochaine fois, tu devras venir après avoir appris toute la leçon précédente. Si tu ne révises pas ce que je t’enseigne, tu perds ton temps et je perds le mien ». Et il avait raison. Si je voulais jouer comme lui un jour, je devais bosser. Je jouais déjà 2 ou 3 heures par jour. Quand j’ai commencé les cours, je jouais 5 à 6 heures par jour pour assimiler toutes ces techniques dans ma tête et dans mes doigts. J’apportais à Joe des cassettes, je voulais jouer les solos de Michael Schencker. On était une petite bande de fans sur la Bay Area à s’échanger des cassettes de heavy metal, comme celle de Metallica. Un jour j’ai fait écouter à Joe la première démo de « Rising Force », sortie en Suède. On n’était pas nombreux à connaître Yngwie Malmsteen. Il était stupéfait par tant de technique. Le gars qui tenait le magasin où Joe donnait ses cours, dans l’arrière-salle, gueulait : « Il a accéléré la bande ! ». Mais non, il jouait vraiment à cette vitesse-là. J’ai réalisé ce jour-là qu’Yngwie faisait exactement ce que j’essayais de faire. Il avait appris toutes ces techniques et il disséquait les solos de Ritchie Blackmore, d’Hendrix… C’est comme ça qu’il est devenu Yngwie. J’avais besoin d’apprendre ces techniques et
 Joe m’expliquait comment les utiliser. 
Le plus dingue, c’est que Joe joue toujours comme ça aujourd’hui. Il avait exactement le même jeu en 1981-82 et il était capable de jouer à la même vitesse qu’Yngwie. Joe m’a appris le sens de la mélodie et à connaître mon instrument. J’ai pris 6 mois de cours avec lui et j’ai rejoint Metallica. Mais après « Kill Em All », je sentais qu’on avait un peu tout dit, et j’ai repris des cours avec Joe pour apprendre davantage de théorie. Quand on écoute un solo mélodique de Joe avec un beau phrasé, on prend conscience que la mélodie est la chose la plus importante en musique. C’est la force motrice. Je ne vois pas d’autre option
 que de créer un solo mélodique. Je mets Joe Satriani au même niveau que Prince. Je sais que cette comparaison va faire réagir, mais tout ce qu’il fait est tellement musical. J’adore ce mec.

Passons à un autre sujet. Il y a un an, tu lançais
 ta propre marque d’effets KHDK, qui compte désormais 5 pédales. Peux-tu nous présenter tes dernières nouveautés ?
Ce n’était pas mon idée, mais celle de David Karon. Je l’avais rencontré à l’époque où il travaillait sur mes amplis chez Randall. Quand il les a quittés, il m’a dit qu’il voulait faire des pédales avec moi. Et j’ai foncé. Je suis un peu compulsif et obsessionnel dans ce domaine. La première chose que l’on a faite, c’est de s’intéresser à la Tube Screamer. Depuis des années, je me demandais pourquoi il n’y avait que 3 potards dessus, d’autant que je les mets toujours sur la même position depuis plus de 25 ans. Alors, on a expérimenté. On a ouvert une TS, on
 a rajouté des switchs
 et un compresseur. Quand il m’a donné le premier prototype de la Ghoul Screamer, je n’en revenais pas. Toutes ces options que l’on avait 
pu y mettre ont décuplé les possibilités de sons. Quand je l’ai branchée, j’étais super enthousiaste. Je me foutais de savoir si d’autres allaient l’aimer ou si on voudrait me crucifier pour avoir osé modifier la TS, mais 
je l’adore. Les retours
 des guitaristes sont
 très encourageants.
 Notre première pédale était nouvelle, spéciale, unique. On ne voulait pas se contenter de recréer cette bonne vieille pédale. Le monde de la guitare n’a pas besoin d’un clone de plus. Notre mission, c’est de créer quelque chose d’unique, que personne n’a encore fait. Chacune de nos pédales doit avoir quelque chose d’unique. Notre Super Disto N°1 a 2 gains, le Clean Boost N°2 est super transparent et il a aussi 2 niveaux de gain, la Scuzz est une Fuzz bien sale avec un petit switch : elle se comporte comme une Fuzz traditionnelle sur la première position, mais en mode Scuzz, elle est imprévisible !

En travaillant sur cette marque, as- tu le sentiment de redécouvrir les effets ?

C’est clair. J’aime la Fuzz que j’utilise depuis longtemps. J’ai branché le prototype de cette pédale sur un
 ampli Fender, c’était parfait. Ce n’est pas un son que j’utilise d’habitude, mais je l’adore. La fonction Scuzz 
est excellente, ça sonne comme une batterie qui n’a plus de jus ou un mode aléatoire où toutes les notes ne sortent pas.
 L’autre nouveauté,
 c’est la Dark Blood,
 une grosse disto
 basée sur une pédale
 que j’ai achetée en
 France il y a 12 ans. Une pédale boutique dont je ne me rappelle plus le nom que l’on a revisitée pour la rendre plus facile à contrôler. Il y a un peu de Boss Super Distortion, de Boss Heavy Metal, de Big Muff et de Tube Screamer, tout ça dans une pédale. Elle a beaucoup de sustain. J’avais commencé à enregistrer quelques solos quand j’ai reçu le prototype et j’ai pu terminer le nouvel album avec.

Dans la vidéo studio d’Atlas, Rise, on te voit jouer brièvement sur Greeny, la fameuse Les Paul Standard Burst de 1959 qui a appartenu à Peter Green (Blues Breakers, Fleetwood Mac) puis à Gary Moore, que tu as acquise en 2014. Tu l’as jouée sur l’album ?

Oui, on l’entend sur tout l’album. Notre producteur Greg Fidelman m’a lancé un défi pour que j’amène Greeny au studio. Alors, on a fait un petit jeu : j’ai amené 6 de mes meilleures grattes, enregistré la même mélodie sur chaque guitare, et on a fait un blind test. On a réécouté chaque piste et on était tous d’accord, la prise numéro 3 était la meilleure. Et il s’agissait de Greeny !

Dirais-tu que tu joues différemment avec Greeny entre les mains ?
C’est évident. L’inspiration me vient quand je l’ai en mains. Je garde en 
tête l’histoire de cette guitare, le son unique qu’elle a, ce n’est pas une guitare facile à jouer, le manche est vraiment énorme, mais tout me va. Jimi Hendrix, Jeff Beck, Rory Gallagher, George Harrison, tous ces artistes ont joué sur cette guitare (c’est ce qu’avait déclaré Gary Moore. Ndr). Quand je l’ai eu entre les mains, je savais quelle musique avait été jouée dessus. Du coup, les notes, le son, ma façon de jouer s’en sont ressentis. Ce n’est pas une guitare qui colle au son de Metallica, du moins en rythmique, mais en lead c’est différent. Cette guitare est unique. Avec les micros en position intermédiaire, elle réagit comme une Strat sur un Marshall. Mais le plus dingue, c’est que même débranchée,
 si tu joues Albatross ou Oh Well de Fleetwood Mac, tu as toujours le son de Peter Green ! Still Got The Blues, et tu as le son de Gary Moore. J’ai joué Black Rose de Thin Lizzy en position intermédiaire comme Gary Moore
 sur l’album, et j’avais le son. C’est un instrument incroyable.

Il paraît que tu as une très impressionnante collection de guitares. Tu as une idée du nombre ?
Pour tout dire, avec les années, j’ai acheté beaucoup de guitares, mais il y en avait beaucoup que je ne jouais pas. Il m’est arrivé de prendre 5 ou 6 guitares et de les mettre en vente. Avec l’argent, je m’achetais une belle guitare vintage. Je fais ça depuis près de 20 ans. Je n’ai pas autant de guitares que l’autre guitariste du groupe…

Y a-t-il une compétition entre James Hetfield et toi sur celui qui a la plus grosse collection ?

Tu sais, on est de mecs. Et les mecs aiment la compétition (rires).

Tu n’as jamais voulu dire combien tu avais payé cette Greeny…
Cette guitare est faite pour être jouée. Elle n’est pas dans son flight-case, encore moins dans un coffre. Elle traîne sur mon lit ou sur le canapé. C’est juste une guitare et je ne l’ai pas payée trop cher… disons moins cher qu’une Les Paul Standard de cette année-là. Il y a des gars qui sont prêts à débourser 750 000 dollars pour ça. C’est tellement plus que ce que j’ai dépensé ! Je ne dirai jamais combien je l’ai payée, ça reste secret, mais j’y ai mis moins d’un demi-million de dollars.

Cette fois, tu n’as pas vendu des guitares pour te la payer, mais des affiches de films d’horreur de ton autre collection.
Oui, j’ai vendu des affiches. Pour moi, une guitare doit être jouée, partir en tournée… Elle ne vieillira pas bien 
si tu la laisses constamment dans son étui. Quand tu la joues, quand tu la fais vibrer, tu la maintiens en
vie. Je respecte Greeny. Parfois, j’ai l’impression d’être marié à une actrice célèbre : les gens veulent se faire photographier avec Greeny et
 je m’efface. « Salut, je peux faire une photo ? ». Je crois qu’ils parlent de moi, mais ils veulent juste la guitare (rires). Je vais sûrement l’emporter avec moi sur la tournée européenne.

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