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LAETITIA SHÉRIFF – Le miroir de l’âme

Sortie des radars du grand public depuis un dernier album en 2014 et un EP douze mois plus tard, Laetitia Shériff revient avec un superbe « Stillness » rempli de pépites indie rock, quelque part entre PJ Harvey et Shannon Wright. Ou quand le talent côtoie l’émotion.
Propos recueillis par Olivier Ducruix – Photo : © Titouan Massé

Tes deux dernières réalisations datent de 2014 et 2015. Comment s’est passé ton retour à la composition ?
Laetitia Shériff (chant/guitare) : J’ai pour habitude d’emmagasiner des petits bouts de phrases dans des carnets. Pareil pour la musique : je gratte un peu, j’enregistre des idées de mélodies sur mon téléphone. Mais je ne me force jamais à faire un album. J’ai toujours eu la chance d’avoir des labels, ce qui est aussi le cas actuellement, qui ne m’ont jamais mis la pression. Enregistrer un disque, cela doit rester un processus naturel. Durant cette période où je n’ai rien sorti, je n’ai pas ressenti de manque. J’avais besoin d’aller voir autre chose, de me confronter à d’autres projets pour garder intact le plaisir de faire un album.

Il n’y a donc pas eu de véritable déclic pour lancer la réalisation de « Stillness » ?
Non, pas vraiment… J’ai d’abord écrit beaucoup de textes autour de l’immobilité, du besoin de se retrouver, de prendre le temps d’observer ce qui nous entoure, sans oublier le passé. Chemin faisant, j’étais sûre d’une chose : je voulais faire un album où je jouerai plus de guitare que de basse. J’ai fait part de toutes mes idées à Thomas (Poli, guitare et synthé analogique) et Nicolas (batterie) et, à trois nous avons commencé à ordonner, puis répéter les morceaux. C’était un sacré chantier au départ, qui finalement s’est passé plus simplement que pour « Pandemonium, Solace & Stars », le précédent album.

Tu parlais des thèmes abordés dans « Stillness ». Ont-ils un rapport direct avec la situation actuelle ?
Non, car au début de cette crise sanitaire, nous en étions au stade du mastering de l’album et de l’élaboration de la pochette. En fait, nous avons fait la dernière session le 10 mars, le mastering le lendemain, et le confinement est arrivé le 17 mars. Nous avons eu de la chance car nous n’envisagions pas de terminer cet album à distance, à la maison avec un ordinateur. Nous tenions absolument à ce qu’il sonne live.

Le disque est sorti le 6 novembre alors que la décision d’un second confinement venait de tomber. Ta motivation a dû en prendre un coup, non ?
J’ai beaucoup échangé avec mon label et mon tourneur pour savoir si nous devions quand même sortir « Stillness » dans une telle période. La logique sortie d’un album/tournée est complètement biaisée aujourd’hui. Il faut rester optimiste, tenter de se réinventer, même si on ne peut pas être ensemble actuellement avec le groupe. Nous sommes conscients que les prochains mois vont être encore plus difficiles pour tout le monde… C’est toute la chaîne de la culture qui est touchée, du loueur de matos au personnel des gros festivals, en passant par les tourneurs, les labels et les disquaires.

L’album a donc été enregistré dans les conditions du live. Était-ce pour éviter d’avoir au final une production trop sophistiquée ?
Thomas Poli (guitare/synthé/ingé son) : C’est surtout parce que, depuis 2009, nous avons passé énormément de temps ensemble sur la route. Nous aimons nous retrouver, c’est un trio qui fonctionne parfaitement. J’ai construit un studio d’enregistrement juste à côté de notre local de répétition. Rien n’a été plus simple que de relier les deux et d’enregistrer. En deux sessions de cinq jours, nous avions quasiment finalisé l’album, avec quelques overdubs par la suite. Jouer en live nous a permis de ne pas penser aux structures des morceaux, d’être totalement libres, pour ensuite raccourcir une partie, coller un couplet avec l’ordinateur, le tout sans l’assistance d’un clic. Une approche finalement très seventies.

Être à la console et jouer en même temps, ça n’est pas trop schizophrène comme manière de procéder ?
Non, car je m’étais fixé de rester simple dans mon jeu de guitare. Dès que ça devenait trop compliqué, je me disais que ça ne serait pas bon pour le live. Et puis, être ingé son et musicien m’a beaucoup aidé car je savais ainsi quelles parties nous allions finalement garder une fois le morceau joué et enregistré.

Laetitia, tu as une image d’artiste solo. Pourtant, vu tes propos, la notion de groupe semble primordiale quant à ton fonctionnement…
Laetitia Shériff : Peut-être parce que le public a besoin de se raccrocher à un leader dans un projet… J’ai commencé seule à composer cet album, mais mon unique motivation pendant cette période de création était de présenter mes idées à Thomas et Nicolas pour qu’elles prennent réellement forme. Si j’avais joué de tous les instruments ou si j’avais proposé des morceaux finis, l’énergie de « Stillness » n’aurait pas été la même. Et puis, j’avoue que je suis devenue accro de ces moments passés en studio à trois (rires) !

C’est l’Hiwatt qu’elle préfère
« Comme je joue de la basse, de la guitare et sur une Danelectro Bariton des années 90, le premier instrument que je me suis acheté, j’utilise une vieille tête Hiwatt Custom de 100W, branchée à un corps Ampeg 8×10’’. Ma guitare principale, qui est d’ailleurs celle de Thomas, est une Fender Jazzmaster, la série japonaise de J. Mascis. Thomas l’a modifiée en enlevant le potard de tonalité et en gardant un seul volume. Il joue sur une Jazzmaster série L de 1964 qu’il a depuis une dizaine d’années. Thomas en a plusieurs, avec des accordages très différents, en Do, en ré, en Fa#. Cela permet d’optimiser la résonnance de la guitare. Jouer en open tuning, c’est très inspirant pour la composition. »

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