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JUNIOR RODRIGUEZ – Rêves party

Si pour certains l’union fait la force, Junior Rodriguez a pris le parti d’élaborer seul son premier album, « Stellar Dream ». Un choix totalement gagnant et une belle entrée en matière dans l’univers coloré et psychédélique d’un artiste multi-instrumentiste aussi complet que doué.
Propos recueillis par Olivier Ducruix – Photo : © Olivier Ducruix

Il y a quelques mois, tu mettais en ligne « Starting From Nowhere », un documentaire découpé en 11 épisodes relatant ton road-trip musical en Islande. Peut-on considérer ce projet comme le point de départ de ton premier album ?
Junior Rodriguez : Totalement et le titre du documentaire est d’ailleurs celui du premier morceau de l’album, créé sur place. En rentrant de cette aventure, je ne pensais pas forcément travailler sur un disque entier, je voulais d’abord finir le triptyque de EP… Ce voyage en Islande a quelque peu accéléré les choses : la texture de ce premier titre m’a donné envie de développer sur la longueur une suite qui serait cohérente.

Quand tu es rentré en France, n’as-tu pas eu peur de ne pas retrouver les mêmes sensations qu’en Islande et de galérer pour trouver une suite cohérente à ce titre d’ouverture ?
J’ai mis quelques jours avant de réécouter le résultat, ce qui est normal quand tu reviens d’une telle expérience. Quand Starting From Nowhere a été finalisé, les choses se sont faites très naturellement en essayant de retrouver les sons choisis pour ce morceau. Je ne suis pas du genre à passer des jours et des nuits sur une idée : je branche ma guitare, je joue et, si la base me plait, je vais rapidement mixer le tout pour avoir une vision plus nette de l’ensemble et ensuite ajouter des arrangements. Il n’y a pas de règles précises… Le dernier titre de l’album, Heaven’s Curse, je l’ai enregistré en deux heures.

Si la genèse de « Stellar Dream » s’est faite en Islande, le reste de l’album a été élaboré dans ton studio où nous nous trouvons, à Vitry-sur-Seine…
J’aimais cette idée de partir de l’Islande, avec des grands paysages, pour revenir ici, là où je bosse, dans un endroit beaucoup plus confiné. Et je pense que cela se retrouve dans certains titres. Ensuite, je suis allé au studio Powerplay, à Zurich, où j’ai réenregistré des parties de guitare, de basse et de batterie, et ajouté quelques synthés. Mais j’ai aussi gardé pas mal de choses issues des sessions dans mon home-studio.

Pour ne pas dénaturer ton idée de base et garder une certaine couleur que tu n’arrivais pas à retrouver dans le studio zurichois ?
Oui, c’est exactement ça… J’ai une façon de travailler sans doute particulière, je me moque de ne pas avoir le meilleur ampli avec la meilleure guitare pour obtenir le son ultime, ou que mes peaux de batterie ne soient pas neuves. La reverb sature sur la voix ? Pas grave, c’est ce que j’aime (rires) ! Quand tu te retrouves dans un studio avec un rendu sonore de haute qualité, tu peux passer trois heures sur un son et être au final un peu déçu en ne retrouvant pas la couleur générale du morceau. Le Powerplay a une collection impressionnante de guitares dont certaines coûtent une fortune. Tout le matos se trouve dans une grande pièce. Tu y vas avec un caddie, c’est assez amusant, et tu fais ton choix de grattes, de pédales… Après quelques essais, finalement, c’est ma Goya fétiche de 1977 qui les a toutes enterrées, une guitare achetée 1000 euros à Vienne. Le gars l’avait au-dessus de son bar… Les gens du studio étaient un peu dégoûtés (rires) !

Si cette Goya Rangemaster de 1977 est ta guitare fétiche, pourquoi en avoir pris une autre pour ton road-trip islandais ?
Parce qu’elle a bien vécu et est devenue trop fragile pour pouvoir encaisser ce genre d’aventure. Je suis parti avec mon Ibanez ASV10A. Je l’ai pas mal customisée : mécaniques Gotoh, micros fabriqués par SP Custom et DasViken avec la réplique d’un Schaller des années 50 en position chevalet et une autre de Fender Precion Bass en position manche, ce qui donne des basses énormes. Elle a pas mal souffert pendant mon road-trip en Islande, mais elle est toujours là !

Mis à part le mix et le mastering, tu as conçu cet album seul, de la création à la réalisation. C’était un choix de départ par défaut ou totalement assumé ?
Je n’avais pas envie de mettre des noms pour vendre plus d’exemplaires et mon entourage proche, qui voyait comment l’album avançait, m’a conforté dans ce choix. Alors c’est vrai, il y a des moments où je me sentais un peu seul, mais au final, ça a été beaucoup plus simple et rapide. Le plus dur en travaillant ainsi, c’est le libre arbitre, autrement dit d’avoir assez de recul pour juger qu’un plan n’est pas bon ou pas abouti, que ta voix n’est pas juste à tel endroit. C’est aussi pour ça que, durant les douze mois où j’ai fait ce disque, je me suis aménagé des périodes plus ou moins longues pendant lesquelles je ne touchais plus à rien. Cela me permettait de tout réécouter à tête reposée et de garder ce qui me plaisait réellement. Ce qui m’importe le plus, c’est la structure du titre et l’atmosphère qui s’en dégage. J’ai travaillé seul sur cet album, mais je faisais régulièrement écouter l’ensemble à mes amis. Et leurs réactions m’ont énormément aidé.

Starting From Nowhere
« L’idée de ce documentaire est venue du réalisateur Albéric Jouzeau. Il avait suivi Lenny Kravitz en studio pendant deux ans et était arrivé à la conclusion que ce genre de reportage montrait uniquement le musicien au travail et occultait la partie créative. Avec « Starting From Nowhere », il voulait capturer le moment où me vient l’idée et comment elle va influencer la suite de mon travail. Comme il sait que j’aime énormément voyager, il m’a proposé de partir en Islande avec le strict minimum, une valise et une guitare, et voir ce qui pouvait se passer sur place. Au final, je suis revenu avec environ 25 minutes de musique… et 170 pistes enregistrées ! J’ai choisi de condenser un maximum pour arriver à un morceau de plus de 8 minutes. »

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