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JOSEPH D’ANVERS – Des lendemains qui chantent

Sans label, mais entouré de ses frères d’armes, (Miossec, Dominique A, Lescop et les musiciens d’Etienne Daho), le songwriter parisien remonte sur le ring avec un quatrième album pop-rock lumineux, « Les Matins Blancs ». Crochets intimistes et directs de la main droite, Joseph d’Anvers fait mouche.
Propos recueillis par Ben – Photo : © Elisa Allenbach

Ta bio évoque un nouveau départ, une promesse de lendemains qui chantent. C’est-à-dire ?
Après trois albums signés chez le label Atmosphériques, nous n’étions plus sur la même longueur d’onde, nous avons donc décidé de nous séparer d’un commun accord. Je repartais de zéro. A la même période, je me suis séparé des musiciens de mon projet Dead Boys et, dans la foulée, j’ai été victime d’une rupture du tendon d’Achille. Bref, j’ai dû me réinventer. Je me suis dit : en 2015, quel est le schéma économique et artistique le plus pertinent (il a collecté plus de 12 000 euros en un mois sur la plateforme de crowdfunding KissKissBankBank. Ndr) ? C’était le bon moment de se lancer dans l’autoproduction, même si je suis sous licence avec le label At(H)ome.

C’est un disque très intimiste, dans lequel tu proposes des photographies de tous ces moments à fleur de peau, ces « matins blancs » qui suivent les virées nocturnes…
Je fais une petite digression. Suite à ma rupture du tendon d’Achille, j’ai été alité pendant 45 jours avant de basculer sur des mois de rééducation, c’était extrêmement pénible. Je me suis blessé en jouant au street foot avec des potes. C’est stupide car j’avais arrêté la boxe anglaise et le krav maga (technique de combat rapproché, utilisée par l’armée israélienne. Ndr) pour que ces pratiques ne nuisent pas à ma carrière de musicien. Bref, je pensais éviter tout accident avec le foot et paf la tuile ! Dorénavant, je nage (rires). L’explorateur Sylvain Tesson, que j’ai rencontré via une amie commune, a connu un accident terrible il y a quelques mois (suite à une chute de dix mètres en août dernier, il est resté une semaine plongé dans le coma. Ndr). Récemment, il me disait que le seul point positif, c’était qu’après un tel accident, on ne vivait plus de la même manière qu’avant. Il y a forcément une rupture, un changement, une leçon à en tirer. Même si durant cette période reclus à la maison, je n’ai rien pu faire, je me suis inconsciemment nourri. J’ai eu envie de partir sur un album de facture simplifiée, de guitares plus classiques, de proposer de belles mélodies et de ne pas avoir peur de chanter. D’être dans l’intime. Chaque chanson a été écrite comme une lettre, une correspondance, ce que j’avais un peu perdu de vue. Je ne voulais pas être au dessus de la mêlée, à distance, comme sur le précédent album.

Boxe anglaise, krav maga… Pratiquer des sports de combat, ça n’est pas dangereux quand on est guitariste ?
J’ai fait dix ans de boxe, quatre entraînements par semaine et quelques combats en amateur ; je commençais à avoir un bon niveau. Ce n’est pas vraiment un problème pour les doigts car tu es bandé et tu portes des gants. C’est plus embêtant au niveau des poignets, notamment quand tu fais des séances de sac, car à la longue, tu risques de te les fouler. Finalement, j’ai arrêté car je ne pouvais pas me coucher à 4h du matin après les concerts et être en forme sur le ring le lendemain.

Parlons de ces Matins Blancs. C’est un album pop rock très élégant, grâce notamment au mariage des cordes (sous la direction de Jeff Assy, violoncelliste d’Alain Bashung. Ndr), des guitares et des textures électro. Quelle était ta direction musicale ?
J’ai voulu revenir à des chansons composées seulement guitare ou piano-voix, des chansons de plages, de bords de mer (rire). Cela comprend à la fois le côté Jack Johnson et celui, plus torride, de « 37°2 le matin », le film de Jean-Jacques Beineix. J’avais envie de me désinhiber, de ces moments rares que tu partages avec des amis, les pieds dans le sable.

Tu rends hommage à Daniel Darc sur la chanson Marie (paroles de Lescop. Ndr). Que représentait-il pour toi ?
Sans lui, je n’en serais pas là. En 2004, je travaillais dans le cinéma et démarchais parallèlement les maisons de disques avec la maquette de mon projet solo, mais rien ne débouchait sur du concret. J’étais à deux doigts de tout laisser tomber quand je me suis dit que j’allais tenter ma dernière chance en allant frapper à la porte du label Village Vert. En chemin, rue Rochechouart, je croise Daniel Darc. Il venait de sortir « Crèvecoeur », un album que j’adorais. Je l’accoste poliment en lui donnant ma maquette, et là il me propose d’aller boire une bière. Du coup, je ne me suis jamais pointé au Village Vert. Au café, il m’a dit : « Si rien ne marche avec les labels, produis-le toi-même cet album, c’est ça être punk ! » J’ai suivi son conseil, rempli un dossier du FAIR, envoyé ma maquette au concours CQFD des Inrocks et tout à commencer à se mettre en place. C’est seulement dix ans après cet épisode que je me lance véritablement dans l’autoproduction.

Tes débuts à la guitare ont commencé par une drôle d’histoire…
Oh oui ! J’ai appris de manière autodidacte, à l’âge de seize ans. J’ai découvert assez tardivement que mon grand-père avait été musicien de jazz. Il jouait de la guitare, de la batterie et de l’accordéon dans des orchestres qui se produisaient dans les clubs de Paris à partir de la Libération. Un jour, je lui ai demandé s’il n’avait pas une guitare à me prêter, je voulais impressionner une jolie demoiselle… Il m’en a trouvé une chez un de mes oncles, toute pourrie, sans cordes, elle prenait la poussière. C’était une Jacobacci de la fin des années 50 ! Je ne savais pas qu’il s’agissait d’une guitare de collection, je la jouais dehors sous la pluie, la trimballais n’importe comment. C’est un luthier de Nevers, à qui je l’avais apportée pour qu’il répare cette « daube », qui m’a révélé que c’était un modèle Super Deluxe. Grâce à lui, j’ai pu la faire retaper par l’un des frères Jacobacci. Aujourd’hui, rassure-toi, j’en prends grand soin, tout comme ma belle Gibson LG3 de 1949.

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