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JOHN BUTLER – Le folkman qui aimait Rihanna

C’est une interview particulièrement surprenante que John Butler nous a offerte : venu parler de son nouvel album, « Home », on
 en est rapidement arrivé à la passion de John pour la pop urbaine la plus mainstream du marché, Beyoncé et Rihanna en tête.
Propos recueillis par Thomas Baltes – Photo : © Thomas Baltes

Sur « Home », tu as ressenti le besoin de changer ton processus de travail et tu t’es isolé pour le travail studio. Pourquoi ?
John Butler : J’étais devenu très anxieux (rires). Ou plutôt, pour être totalement transparent, je pense 
que mon anxiété a atteint son point culminant il y a 2 ans, et ça m’a fait prendre conscience de sa présence, parce que je l’ignorais. C’était ce
 stress d’être loin, de mon style de
 vie très énergique, très public, puis plus rien… C’est devenu difficile de travailler en studio et d’être entouré par de très nombreuses personnes. J’avais une idée très claire de ce que je voulais faire, mais à chaque fois que quelqu’un suggérait quelque chose, je voulais trouver du temps pour essayer son idée. Au final, ça m’éloignait de 
ce que je voulais faire. J’ai donc fini par repousser tout le monde. Ça ne faisait pas partie du plan. Je comptais faire ce disque dans mon studio et en fait, j’ai fini par le faire dans un autre studio de l’autre côté du pays, presque entièrement seul.

Est-ce que le reste du groupe l’a compris ?
Oui, ils ont essayé de me laisser l’espace dont j’avais besoin.

Est-ce que ça t’a aidé à soigner ton anxiété ?
Dans une certaine mesure. La musique, pour moi, a toujours été comme un journal. C’est un processus. La guérison se fait lors du voyage pour réaliser cet acte artistique. Ce que j’écris m’aide à travailler sur ce que je ressens. Donc ça m’a aidé, même si ça a aussi été un générateur d’anxiété. Cette pression pour être performant… Tu es musicien ? Tu as déjà enregistré ? Tu sais il y a ce truc, quand tu chantes et que 
tu joues, ça se passe
 super bien, mais à la 
minute où tu appuies
 sur Record… C’est un 
cauchemar ! Alors que
 rien n’a changé ! C’est
 une vraie pression 
psychologique. Donc si tu ajoutes toutes les années passées sur scène…

Ce disque semble amorcer un virage : le single de l’album, Home, contient un beat électronique qui oscille
 entre dubstep et rap, ce qui est assez inattendu. Mais c’est la seule chanson du disque à sonner ainsi…
J’ai toujours aimé cette musique, c’est celle que j’écoute le plus, bien plus que le blues ou toute autre musique à guitare, par exemple. J’aime écouter les productions de Rihanna et Beyoncé plus que Muddy Waters. J’aime Muddy Waters, et je ne dis pas que c’est meilleur, mais si tu me demandes quel est l’un de mes albums préférés de tous les temps, pour moi c’est Missy Elliott, « Under Construction » !

Vraiment ? Missy Elliott ? Explique !
Oh mon Dieu, Missy et Timbaland (qui avait produit l’album en 2002. Ndr) ensemble, c’était un moment assez dingue du hip hop, c’était révolutionnaire ! Elle a un flow extraordinaire ; Timbaland, ses beats, ses mélodies, son songwriting, ses arrangements, personne ne lui arrive à la cheville. Et quand on les met ensemble… C’est indéniablement un chef-d’œuvre.

Voilà qui me donne envie de te demander le top de tes disques préférés les plus inattendus…

(rires) Ok ! Alors il y a « Lemonade » de Beyoncé – pour moi, c’est le meilleur album des 3dernières années, et l’un des seuls que j’écoute en entier. À l’heure de Spotify, qui écoute encore des disques en entier ? Il faut être enfermé dans sa voiture pendant 3 heures pour ça ! Et c’est contradictoire pour moi en tant qu’artiste, parce que je veux que les gens écoutent mon album, mais là, à part peut-être 1 ou 2 chansons, tout l’album est incroyable.

Qu’est-ce que tu aimes, est-ce le beat ? La production ?

Ce sont ces beats incroyables…

Et ils t’influencent ?
Oui, totalement ! Attends, je vais te montrer ce que je veux dire. Quand 
je n’ai pas de guitare sous la main et que je veux faire de la musique, je fais ça : (il ouvre GarageBand sur son iPad et lance un morceau qu’il a composé. Un titre 100 % électro, orienté house music. Ndr) Je suis un musicien folk, mais c’est ça qui m’influence !

Quand sort ton disque house alors ?
(rires) Je ne sais pas, en tout cas, c’est ce que j’entends dans ma tête. Donc si je joue… (il prend sa Maton et commence la rythmique de Brown Eyed Bird), j’entends… (avec sa gorge, il crée un beat très deep house. Ndr) ! Brown Eyed Bird est un très bon exemple !

Ok on continue, quel autre album inattendu t’a influencé ?
Rihanna, son dernier album est vraiment bon. (il le trouve sur son téléphone. Ndr) Je suis un énorme fan de cette production. Il y a aussi There’s Nothing Holding Me Back et Stitches de Shaun Mendez (là il se met à sourire, et il a l’air presque gêné de l’avouer, puis éclate de rire. Ndr). Quand je l’ai dit à mon groupe ils m’ont dit : « putain t’es sérieux ? » Oui, je suis sérieux, c’est ce que j’aime ! C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai fait cet album presque seul : j’étais la seule personne à comprendre ce que j’aimais et ce que je voulais. Je peux l’entendre dans ma tête ! Ça ne va pas sonner comme du Rihanna !

Donc tu ne veux pas faire la même chose, seulement t’en inspirer ?

Oui ! Mais je suis entouré par ces sons là. Par exemple : Justin Timberlake, « Justified » (2002) ? (il prend un air d’extase. Ndr) Putain mec c’est si bon ! (rires – il passe Like I Love You
sur son téléphone. Ndr) Je rentrais dans un magasin de jeans quand je l’ai entendue et ce beat m’a tué !

Et que penses-tu d’Ed Sheeran ?
Je pense que c’est un très bon songwriter, il sait raconter de très bonnes histoires. Les autres, je les adore pour leur production. Je peux écouter Britney Spears et m’éclater. J’écoute la prod et je me dis : putain c’est excellent ! Il y a une raison pour laquelle ce type de production s’est répandue autour du monde : elle est bonne !

Et pourtant sur Wade In The Water, sur ton nouvel album, tu es plus près de Led Zeppelin que de Rihanna,
 ce rock dur fait aussi partie de tes racines.
Oui, complètement. Mais j’entends quand même Rihanna ou Pharrell
dans ce beat lourd (il imite le beat d’une chanson électro sur ce titre pourtant très rock, avec un riff en slide saturé façon Ben Harper. Ndr).

(rires) Moi j’entends plutôt When The Levee Breaks !

Oui, j’entends ça aussi ! Et c’est ce qui est si beau dans la musique : le hip hop vient de la funk, la funk vient du blues, et le blues vient d’Afrique… Tout est connecté !

Merci pour cet aveu. Ce titre qui révèle ton goût pour la pop urbaine, Home, raconte la vie d’un musicien en tournée qui se languit de sa famille… On en revient à ton anxiété.
Oui, c’est inspiré par ma vie de tournée, et c’est l’étrange dualité de vivre un rêve tout en sachant que ce cadeau si formidable qui t’est offert – de jouer autour du monde ma musique, c’est dingue ! – te brise le cœur en même temps, parce que mes enfants et ma femme me manquent tant. Et ma
mère, mes amis… C’est une réalité complètement disloquée. Je vis mon rêve ici, mais loin de tous ceux que j’aime. Et ça te nique un peu la tête. Mais c’est la vie !

Et dans Coffee Methadone And Cigarettes, tu racontes aussi une histoire de famille, celle de ton grand-père, mort dans un incendie dans le bush.
Je voulais raconter cette histoire vraie à travers une chanson, et c’est une
 de mes grandes fierté en tant que songwriter, d’avoir réussi à retranscrire une histoire aussi importante pour moi et ma famille en une chanson que je peux transmettre, à toi ou au public.

Zoom matos
La folk Maton de John Butler a une spécificité : elle ne compte que 11 cordes ! « J’ai enlevé la corde qui doublait à l’octave celle de Sol, déjà parce qu’elle cassait tout le temps, et puis parce qu’harmoniquement, ça sonnait bizarrement. Elle est en effet plus haute que la corde de Mi aigu, qui est celle qui devrait être la plus aiguë. Ainsi le son est plus grave, comme plus maîtrisé. »

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