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TRIVIUM – Matt Heafy nous dit tout sur ses modèles signature et sa relation avec Epiphone

Alors que Trivium vient de sortir un huitième album studio (« The Sin And The sentence »), Matt Heafy, le frontman du quatuor américain, évoque sans langue de bois sa relation avec Epiphone au travers de ses différents modèles signature.
Propos recueillis par Olivier Ducruix – Photo : © Olivier Ducruix

Comment s’est faite la rencontre avec Epiphone ?
J’ai eu l’occasion de rencontrer le président de la marque, Jim Rosenberg, lors d’une édition du Musikmesse, à Francfort. Il connaissait ma passion pour les Gibson et les Epiphone. Alors, quand j’ai su que la marque voulait éventuellement faire un modèle signature à mon nom, je me suis dit que mon rêve allait se réaliser…

Pourquoi avoir choisi Epiphone pour ton modèle signature ?
Mon père a toujours joué sur des Gibson, même bien avant ma naissance. Il m’a donné une Les Paul Custom de 1997 quand j’avais 11 ans (Matt est né en 1986. Ndr). J’ai donc moi aussi pratiquement joué que sur des Gibson. Quand j’étais plus jeune et que j’ai commencé à m’intéresser à la guitare, j’ai toujours rêvé de pouvoir utiliser les modèles signature de mes idoles. Le problème, c’est que ces modèles étaient chers et je ne pouvais pas les acheter. Lorsque nous avons commencé à travailler sur ma guitare signature avec les personnes de la marque, je voulais être sûr que le résultat final ne soit pas hors de prix et qu’il soit la réplique exacte de ma guitare. J’ai donc envoyé à Epiphone ma Les Paul Custom favorite, celle que j’ai depuis que je suis môme, avec un seul but en tête : réaliser un instrument fidèle à ce que je voulais et, surtout, abordable. Je voulais également que la guitare ne soit pas « marquée » et que, même si tu n’aimes pas Trivium, tu aies quand même envie de l’acheter. C’est donc pour cela que le look est sobre : couleur noire, pas de finition complètement dingue ou de décorations rappelant le groupe. Epiphone va commercialiser le modèle avec une finition White Snow. C’est exactement le même que pour la version en noir, sauf que là, tout est blanc, à part l’accastillage qui est argenté. Les gens d’Epiphone m’ont réellement agréablement surpris car ce sont eux qui m’ont envoyé cette déclinaison de mon modèle signature. Ils se sont inspirés d’un prototype peint en blanc pour les besoins de la vidéo de Silence In The Snow.

Des prototypes, tu as du en avoir un paquet avant d’être complètement satisfait, non ?
Pas tant que ça. J’en ai eu en 6 et 7-cordes, histoire d’avoir une base pour faire un premier retour. Ensuite, j’ai reçu une nouvelle paire de modèles pour que je puisse partir en tournée avec et voir comment les instruments se comportaient en live. La troisième mouture fut la bonne. Pour la version en blanc, je n’ai même pas eu besoin de prototype.

Tu as donc eu une liberté totale pour créer ton modèle ? Pas de restrictions pour des problèmes de coûts ?
Non, aucune restriction. Mais j’ai réellement fait attention à garder cet équilibre entre ma volonté de faire une guitare au prix abordable et celle de proposer un instrument de qualité professionnelle.

Tu avais un cahier des charges à respecter ? Du genre, une liste d’options que tu pouvais choisir ou pas ?
C’est un point intéressant… Je n’étais pas bridé sur les options, mais je n’en voulais pas non plus des tonnes. Le challenge pour la marque était de réaliser un modèle aussi proche que possible de ma Les Paul Custom, sans faire exploser les coûts de fabrication. Il y a un même un KillPot. C’est assez drôle, parce que je ne l’avais pas demandé, mais Epiphone pensait que cela me ferait plaisir (rires). Alors, on l’a gardé.

Le processus pour aboutir au résultat final a-t-il été long ?
Difficile à dire comme ça… J’ai d’abord décrit avec précision ce que je voulais. Epiphone m’a ensuite envoyé deux guitares, une 6-cordes et une 7-cordes, avec une finition noire satinée. Ce n’est pas tout à fait le résultat que j’attendais et c’est là que j’ai décidé d’envoyer ma Les Paul Custom préférée en demandant aux personnes de la marque de faire leur possible pour que mon modèle signature soit exactement le même. En tout, et après quelques prototypes, cela a dû demander entre 1 an et 1 an et demi.

À part les micros EMG, ton modèle signature est finalement très classique pour ce qui est du look. Tu ne voulais pas quelque chose de plus personnel au niveau de la forme ?
J’ai toujours tellement aimé, et c’est encore le cas aujourd’hui, la forme d’une Les Paul Custom, que je ne me voyais pas avoir un modèle autre que celui que j’ai. Pour moi, cette guitare est juste parfaite et je ne voulais pas la dénaturer. J’ai donc juste changé les micros et aussi le talon, que je trouve trop gros sur une Les Paul d’origine.

Penses-tu être allé aussi loin que tu le désirais en réalisant ce modèle signature avec Epiphone ?
Sincèrement, oui. Si j’avais demandé aux ingénieurs « Hey, je veux 3 micros, un simulateur acoustique, un accordeur intégré et un double manche », ils l’auraient sans doute fait. Mais bon, je pense que je n’en aurais pas beaucoup vendu (rires) !

N’as-tu pas le sentiment qu’en travaillant avec Gibson, tu aurais pu avoir un modèle plus élaboré au final ?
Il est un fait avéré que les modèles Les Paul Custom de Gibson sont techniquement plus aboutis que ceux d’Epiphone. Mais bon… J’ai lu un jour que la guitare préférée de Jack White, quand il était enfant, était un modèle en plastic à 200 dollars ou encore que Miles Davis avait dit un jour : « qu’importe la trompette, prenez n’importe laquelle et jouez ». Je voulais avoir un sentiment du même genre, celui d’aller dans un magasin, décrocher du mur mon modèle signature et jouer directement dessus. À part les cordes que mon guitar tech change à chaque concert, mon modèle signature est celui que j’utilise aussi bien en live qu’en studio. J’ai d’ailleurs enregistré toutes les parties de guitare rythmique de notre nouvel album, « The Sin And The Sentence », avec mon ampli et mes modèles signature 6 et 7-cordes. Rien de plus. Je l’ai fait, non pas avec une guitare meilleure ou trafiquée, non. Je l’ai fait avec une guitare qui provient des usines d’Epiphone.

On sait qu’il y a des accords commerciaux entre la marque et l’artiste, autrement dit des droits qui sont reversés à ce dernier lorsqu’un modèle signature est vendu. C’est un sujet sensible, a priori, mais peux-tu nous en dire plus ?
Epiphone a bien sûr des coûts à surmonter : la fabrication, la distribution, etc… Par exemple, la marque a dû plus ou moins créer une machine pour réaliser une Les Paul Custom en version 7-cordes. Epiphone, comme toutes les entreprises, doit faire une marge parce que c’est comme ça que fonctionne le business. Bref, cela coûte de l’argent, même si je suis incapable de te dire combien exactement car je ne suis pas très bon en mathématiques (rires). Je touche un pourcentage sur le prix d’usine. Bien sûr que, si ce même pourcentage était calculé sur le prix de vente en magasin, cela serait plus avantageux pour moi, mais cela n’aurait aucun sens. Et franchement, cela me va très bien ainsi. Ma guitare signature a été un top des vente parce que je joue avec en concert et que c’est réellement le même modèle qui sort des usines de la marque.

Es-tu tenu de jouer uniquement avec une guitare Epiphone ou est-ce juste un contrat moral entre la marque et toi ?
Les gens d’Epiphone ne m’ont jamais interdit d’utiliser des instruments d’autres marques. C’est plus comme tu l’as dit, un contrat moral. Je me vois mal faire des infidélités alors qu’une entreprise fait tout pour promouvoir un instrument portant ma signature. Peut-être que c’est différent avec, par exemple, un guitariste comme Slash, et qu’il y a un contrat signé. Ça, je ne sais pas… Tu sais, quand Trivium ne tourne pas, je ne gagne pas d’argent. Alors, quand une guitare peut m’en rapporter un peu, je ne peux qu’être reconnaissant envers Epiphone.

Finalement, quelles sont les raisons qui t’ont donné envie d’avoir une guitare signature chez Epiphone ?
Avoir un modèle signature, je pense que c’est comme un accomplissement en tant que musicien… Pendant environ 1 an et demi, je n’ai pas joué sur Gibson. Certaines marques m’ont approché, mais elles avaient déjà au moins une trentaine d’artistes avec leur modèle signature. Je voulais une marque qui ne soit pas dans cette optique pour être noyé dans la masse. Je voulais une marque avec qui je pouvais parler facilement et directement aux responsables, évoquer certaines idées, comme par exemple un modèle acoustique avec ma signature, car je poste pas mal de reprises de groupes en version acoustique sur ma chaîne Youtube.

Interview parue dans l’enquête sur les guitares signature – Guitar Part n°283

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