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GRAHAM NASH – Le pilier

En apparence, Graham Nash semblait le plus fragile, mais pour ceux qui en doutaient encore, son livre, « Wild Tales », dévoile sans détour que c’est bien lui qui s’est montré plus constant et fiable que ses tantôt complices à la vie à la mort, tantôt ennemis jurés, David Crosby, Stephen Stills et Neil Young. Dans cette interview rare qu’il a accordée à Guitarist Acoustic, il se confie avec la même sincérité, même sur les sujets qui fâchent…
Propos recueillis par Jean-Pierre Sabouret

Ton livre laisse l’impression que ta vie a été un véritable conte de fée, même si elle a été ponctuée de quelques virées en enfer et pas seulement avec David, Stephen et Neil…
Et encore, il y aurait de quoi remplir au moins un autre livre avec tout ce que j’ai du retirer parce que c’était trop long (rires).

Quelle était ta principale motivation pour cette biographie ? Voulais-tu rétablir quelques vérités, notamment sur ton rôle trop souvent minimisé dans CSNY ou même les Hollies ?
Non… En fait, j’ai écrit comme si je m’adressais à mes petits-enfants, lorsqu’ils seront en âge de lire ce livre. Mes enfants ont été à mes côtés pendant une grande partie de ma vie et ils n’avaient plus grand-chose à apprendre. Ils m’ont suivi partout dans le monde, ont assisté à des milliers de concerts ; ils savent comment je me débrouille dans la vie. Lorsque j’ai su que j’allais être grand-père, j’ai voulu laisser un témoignage…

Cela traduit-il un regret de ne pas avoir connu l’histoire de ton grand-père ?
Certainement… J’aurais aimé lire un livre sur la vie de mon grand-père. Tout ce qu’il me reste de lui, c’est une photo et le souvenir qu’il m’a initié à la Guinness quand j’avais neuf ans (rires).

L’un des attraits du livre est de rentrer dans la peau d’un songwriter unique, qui a connu le succès dans deux univers musicaux très différents, la pop en Grande-Bretagne et le folk-rock aux États-Unis, passant de l’un à l’autre sans se poser de questions…
C’est exactement ça, j’ai passé de grands moments avec les Hollies, mais il était clair que l’aventure était terminée. Dès que je me suis retrouvé aux États-Unis et que j’ai entendu le mélange des voix de David, Stephen et moi, je savais que je ne pourrais pas faire marche arrière.

Comment as-tu vécu ce moment précis où tu t’es retrouvé partagé entre la fin d’une aventure et le début d’une autre ?
C’était très étrange. Le dernier concert que j’ai donné avec les Hollies était au London Palladium. C’était un concert de charité pour l’enfance malheureuse. David Crosby a débarqué dans les coulisses. Les Hollies faisaient la gueule, en rencontrant un de ceux avec lesquels j’avais choisi de continuer ma carrière plutôt que de rester dans le groupe qui marchait très fort. Je dois dire que c’était très culotté de la part de David, mais c’est tout lui (rires). En voyant la scène, je me suis dit que j’avais fait le bon choix : les Hollies représentaient le passé et David le futur. Avec Crosby et Stills, j’avais l’opportunité de découvrir de nouvelles directions musicales.

Ces dernières années, y a-t-il de nouvelles sonorités qui t’ont donné envie de changer peu ou prou ?
Je crois que j’ai essayé pas mal de choses différentes tout au long de ma carrière, et cette année, j’ai enregistré plus d’une vingtaine de nouveaux morceaux. Ce sera pour un album solo qui devrait sortir au printemps 2016.

Vingt chansons, ce sera un double ?
Non, je ne crois pas que les gens aient suffisamment d’attention pour écouter un double. Je ferai un tri pour retenir les dix ou douze meilleurs titres.

Sera-t-il dans la veine très brute des deux premiers albums ou plus soigné et produit comme les trois suivants ?
Cet album ne ressemblera à aucun des albums sortis sous mon nom. Je n’avais jamais commencé à enregistrer directement avec un batteur non rencontré auparavant. D’habitude, je connais ceux avec lesquels j’enregistre depuis des années. Cette fois, j’avais choisi d’enregistrer avec un tout nouveau groupe sans savoir comment ça allait sonner, c’était passionnant ! Au mois de janvier dernier, nous avons enregistré plus de vingt chansons en huit jours.

Tu évoques ta passion pour la guitare, mais tu sembles ne jamais avoir eu une grande confiance en tes capacités instrumentales…
Je ne suis pas un bon guitariste. Disons que je joue suffisamment bien pour pouvoir écrire des chansons, mais je suis loin de mériter d’être considéré comme un musicien. Quand j’ai commencé, vers l’âge de treize ans, j’étais principalement influencé par les Everly Brothers, Elvis, Buddy Holly, Gene Vincent, Little Richard, Eddie Cochran, Jerry Lee Lewis… Le rock américain a changé ma vie. Mais ma passion, c’est de composer des chansons.

Tu racontes dans ton livre comment tu as été initié à l’open tuning par ta compagne d’alors, Joni Mitchell…
Elle avait essentiellement appris à jouer en écoutant les disques de Pete Seeger, mais elle avait souffert de la polio dans son enfance et avait beaucoup de mal avec certaines positions. Il lui était impossible de jouer un Fa correctement, elle a donc appris à modifier son accordage pour contourner le problème. Depuis, j’adore jouer en open.

La guitare est donc essentiellement l’outil dont tu te sers pour matérialiser des idées de chansons ?
Je crois que j’ai composé de toutes les façons possibles et imaginables. Il n’y a surtout pas de règle. Depuis des chansons complètes qui me sont venues en moins d’une heure en grattant une guitare jusqu’à d’autres, comme Cathedral, qui m’ont pris des années car je voulais que chaque mot soit le bon. Il peut arriver que je frappe un tambour et que je crée une chanson à partir d’une séquence de percussion. J’ai tout essayé, ou presque…

Comparé à ceux qui peuvent écrire des milliers de chansons, comme Bob Dylan, et ceux pour lesquels le processus est plutôt douloureux, tel Leonard Cohen, comment te décrirais-tu en tant que compositeur ?
Je fais partie de ceux pour lesquels c’est souvent difficile. Je n’ai jamais composé en me disant : « Cette chanson, ça va être pour Crosby, Stills & Nash ». J’écris pour moi et c’est parfois douloureux. On aborde parfois des sujets sensibles, pour soi ou pour les autres. Shayne Fontayne, mon ami guitariste, a récemment mis tout son cœur dans une chan- son sur Michael Brown, qui a été abattu par un policier à Ferguson, dans le Missouri. Ce n’est jamais agréable de créer une chanson comme celle-là. Mais c’est comme si on se sentait obligé de le faire à un certain moment.

Les critiques ne t’aimaient pas beaucoup au départ et te considéraient comme le gentil garçon de la bande alors que tu étais au moins aussi engagé, comme le prouvent les paroles de Chicago, où tu t’adressais aux membres du groupe pour qu’ils viennent manifester avec toi afin de faire libérer Bobby Seale et les huit de Chicago, emprisonnés pour des raisons politiques…
J’ai écrit les paroles de Chicago à l’attention de Stephen et Neil. David et moi étions partants, mais les deux autres ne voulaient pas…

Un sujet que tu n’abordes pas dans ton livre, c’est cet album de reprises qui devait être produit par Rick Rubin et pour lequel tu avais déclaré que tu étais étonné que l’on ne demande pas de nouvelles chansons de Crosby, Stills & Nash, même si tu trouvais bonne l’idée d’interpréter des titres que vous auriez aimé avoir composés… Il était annoncé pendant des mois et puis plus rien. Que s’est-il passé ?
L’idée était excellente : Crosby, Stills et Nash reprenant des chansons qu’ils rêveraient d’avoir écrites. Nous avons pas mal travaillé dessus. De mon côté, je m’y suis consacré à fond. J’ai enregistré une trentaine de maquettes pour les soumettre aux autres et essayer celles qu’ils auraient retenues. Mais mal- heureusement, il y eu une dispute entre David et Rick, du coup nous avons préféré mettre un terme définitif à ce projet. C’est dingue !

Ce n’est pas la première fois qu’un album de Crosby, Stills & Nash avec ou sans Neil Young est tué dans l’œuf…
Oui, mais nous avons quand même réussi à enregistrer pas mal de bonnes choses. Et je suis persuadé que nous aurions pu en faire beaucoup plus. Mais on doit reconnaître que nous sommes très sérieux et soucieux du moindre détail en ce qui concerne notre musique. Personnellement, je tiens à ce que les gens n’entendent que ce que nous pouvons offrir de meilleur.

On savait que l’histoire de Crosby, Stills & Nash avait été mouvementée, surtout avec l’association avec Neil Young, qui n’a guère simplifié l’équation, mais dans ton livre on découvre tous les efforts que tu as dû déployer pour faire avancer les choses. Tu n’as jamais eu envie de former un autre groupe où tu aurais été le patron ?
Non, surtout pas ! Je n’éprouve pas du tout le besoin d’être le patron, j’aime faire partie d’un groupe, c’est mon ADN. Je ne veux pas être obligé de diriger qui que ce soit !

Tu abordes avec honnêteté le problème de la drogue. Il apparaît que tu as souvent été le seul qui parvenait à garder le contrôle…
J’ai toujours réussi à garder le contrôle de ma vie, mais pas de celle des autres. Il est impossible de contrôler la vie de quelqu’un d’autre.

Comment les autres ont-ils réagi à la lecture de ton livre. L’ont-ils apprécié ?
Mmmm, non… Aucun d’entre eux ne l’a apprécié. Je leur ai envoyé à chacun une épreuve du livre longtemps avant qu’il soit publié. Je leur ai dit : « S’il y a quoi que ce soit qui vous dérange, pas de problème, je modifierai ce que vous voulez ». Je n’ai pas reçu la moindre réponse. Je l’ai donc publié tel quel. S’il y a des choses qui leur déplaisent, ce n’est pas ma faute.

Tu as tout connu depuis Woodstock. As-tu une idée des raisons pour lesquelles vous êtes toujours aussi populaires et qu’on vient encore vous voir en masse en 2015, alors que dès la fin des années 70, les punks voulaient votre peau ?
Nous savons seulement que les gens veulent continuer à entendre certaines chansons. Ils veulent Teach your Children, Suite : Judy Blue Eyes, Guinnevere… Nous pensons, du moins je pense, qu’il faut offrir au public ce qu’il réclame et pour lequel il a payé. Mais une fois que c’est fait, je crois que nos fans veulent également entendre une chanson qui laissera l’impression qu’elle a été composée le matin même et non quarante ans plus tôt. Cela arrive souvent. La dernière fois que nous sommes passés à l’Olympia, Shayne Fontayne et moi, nous avons composé une chanson intitulée Olympia. Nous l’avons écrite et enregistrée après la balance, assis simplement sur le devant de la scène. Je rêve de recréer ce moment-là…

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