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GIMME 5 – Jeff Angell (Walking Papers)

Sobrement intitulé « WP2 », le second album de Walking Papers résume parfaitement ce que l’on attend d’un disque de classic rock : un indéniable savoir-faire pour composer des titres qui font mouche, une énergie à fleur de peau, et le respect des traditions, sans pour autant tomber dans un passéisme exagéré. Jeff Angell, chanteur et guitariste du groupe, nous parle avec passion des 5 albums qui l’ont marqué.
Propos recueillis par Olivier Ducruix – Photo : © Ernie Sapiro

J’ai grandi dans les faubourgs de ce qui est maintenant la banlieue ombragée de Tacoma dans l’état de Washington. Il n’y avait pas de trottoirs et encore moins de magasins de disques. D’un point de vue culturel, j’avais 10 ans de retard sur ce qui se passait à Seattle et au moins 5 par rapport aux grandes villes, telles que Los Angeles, New York, Paris, Londres… Je suis heureux d’avoir connu ce décalage, car cela m’a sans doute sauvé de beaucoup de choses horribles qui passaient à la télé dans les années 80. À cette époque, quand je tombais sur des K7 dupliquées, par exemple des Doors ou des Sex Pistols, je ne savais même pas que certains des musiciens étaient des membres emblématiques de tel groupe, ou même que d’autres étaient morts depuis longtemps. J’étais juste sûr d’une chose : j’aimais le style ou pas. Je n’ai pas choisi la musique, c’est elle qui m’a choisi, et je suis né en sachant que la plus longue histoire d’amour de mon existence serait avec elle. Mais comme la plupart des histoires romantiques de la vie, les premiers rendez-vous furent difficiles à cause de mon manque d’expérience et certains choix se révèlent être aujourd’hui embarrassants ! La plupart des groupes que je trouvais cool à l’école primaire, je les considère maintenant comme des clowns. Je ne vais donc pas perdre de temps à en parler ici.

 

OZZY OSBOURNE
Speak Of The Devil
Un jour, je suis tombé sur « Speak Of The Devil ». Un ami de longue date de mes frères avait ramené cet album de ce que l’on appelait « la grande ville ». Il a probablement choisi ce disque pour froisser la sensibilité de ses parents, avec l’image sur la pochette d’un Ozzy possédé crachant le sang, alors qu’il est assis sur ce qui semble être le trône du diable. Je sais très bien que ce n’est pas Randy Rhoads qui joue de la guitare dessus et qu’il s’agit d’un album de reprises des plus grands succès de Black Sabbath… Mais à l’époque, je n’avais jamais entendu ce groupe et ce fut ainsi que je découvris le génie de ses membres. Ces chansons ont répondu à beaucoup de mes questions prépubères sur la politique et la religion, et en même temps, elles ont inspiré mon imagination avec leurs ambiances sonores tellement sinistres. Black Sabbath a posé les fondations de la musique lourde et je me moque de savoir que c’est Brad Gillis de Night Ranger qui joue de la guitare dessus ! Toutes ces chansons m’inspirent encore aujourd’hui.

 

THE DOORS
Greatest Hits
Pour moi, il ne fait aucun doute que la plus grande réussite des Doors est d’avoir élevé le rock’n’roll à un niveau supérieur. Avec « Yellow Submarine », les Beatles ont fait de l’art, alors que les Doors ont créé une musique qu’on ne pouvait pas passer dans les écoles maternelles… J’ai échangé avec un autre môme de mon âge une K7 dupliquée de Motley Crüe contre celle de ce best of des Doors. J’ai toujours considéré que ce deal fut le meilleur que j’ai jamais fait. Peu de temps après, j’ai découvert Danny Sugarman via la bibliothèque de mon école et « No One Here Gets Out Alive » (la première biographie écrite sur Jim Morrison une dizaine d’années après sa mort. Ndr) fut le premier livre que j’ai aimé lire. Il m’a ainsi permis de découvrir des artistes de jazz et des auteurs de la Beat Generation, mais aussi les paroles de Jim Morrison. Si je devais choisir une musique pour mes funérailles, ce serait celle des Doors, avec 2 titres en particulier : The End et When The Music’s Over. Je considère les Doors comme le plus grand groupe de rock américain et leur carrière, courte mais productive, a été plus marquante et plus folle que celle des Beatles et des Stones.

 

JANE’S ADDICTION
Nothing’s Shocking
Cet album est pour moi l’expérience musicale la plus proche de ce que peut être un trip sous acide. Le titre Up The Beach débute cette aventure avec une cascade d’accords majeurs et de Delay sur les parties vocales, avec le mot « home » qui ne cesse d’être répété, le tout accompagné par une rythmique qui aurait pu provoquer un arrêt cardiaque à John Bonham. Le reste est dans la même veine. Chaque morceau est d’une perfection absolue, l’osmose parfaite entre le heavy metal et le post-punk. Summertime Rolls ? Une claque. Ted Just Admit It ? Épique. Jane Says ? Un véritable classique. Ce disque prouve définitivement qu’à Los Angeles, il se passe plus de choses dans le milieu de l’underground que sur les tapis rouges. À l’époque, Perry Farrell (le chanteur de Jane’s Addiction. Ndr) était considéré comme le Messie du rock alternatif. La scène de Seattle n’aurait sans doute jamais existé si Jane’s Addiction n’avait pas pris sa machette pour ouvrir la route aux autres groupes. Les gars ont poussé Jeff Ament et Stone Gossard (Pearl Jam. Ndr) à rêver plus grand et je ne pense pas que cela soit une coïncidence que Layne Staley ait choisi de porter des dreadlocks et Alice In Chains de faire appel à Dave Jerden pour produire « Facelift ». Le disque suivant, « Ritual de lo Habitual », certes tout aussi excellent, n’est qu’une collection de faces B de « Nothing’s Shockin ». Après ça, les gars ont eu du mal à se libérer des griffes du succès, entre les problèmes d’argent et de drogue…

 

TOM WAITS
Big Time
La meilleure chose que mon ex-femme m’ait jamais donnée, à part mes 2 jolies filles, c’est Tom Waits. À l’époque, j’étais devenu désenchanté par le côté commercial de l’industrie de la musique et j’avais tout laissé tomber pour devenir un travailleur acharné qui ne jouait que dans le quartier où j’habitais. Un jour, elle m’a montré la vidéo de Big Time, en me disant : « vu ce que tu écoutes, je suis sûre que tu vas vraiment aimer ce type. » J’avais entendu parler de Tom Waits, mais je ne l’avais jamais vu, je savais juste qu’il était un musicien de jazz dans les années 70. « Big Time » est une compilation des meilleurs titres en live des albums « Swordfish Trombones », « Rain Dogs » et « Frank’s Wild Years », les œuvres les plus critiquées de l’artiste. J’ai immédiatement vu en lui le fanfaron de Keith Richards, entendu la voix de Howling Wolf et la poésie de Charles Bukowski, senti la classe de Frank Sinatra et l’imagination de Terry Gilliam. Cet album m’a inspiré pour écrire à nouveau et enregistrer de la musique, en ne pensant pas à composer absolument un hit, mais en me concentrant sur l’aspect créatif de mon travail. À ce jour, je ne vois aucun autre artiste qui ait eu une carrière aussi cohérente et prolifique que celle de Tom Waits et de sa femme, Kathleen Brennan. Il est ce que chaque artiste devrait être… Il est le chef de son propre style.

 

NICK CAVE AND THE BAD SEEDS
Let Love In
Je remercie Dieu pour Nick Cave. Il a sauvé le blues des mecs blancs portant des chemises de bowling brodées avec des flammes et serrant des Stratocaster, tout en ayant des rêves humides concernant Eric Clapton. « Let Love In » fut ma première rencontre avec les Bad Seeds. J’ai écouté cet album peu après sa sortie et toutes les autres musiques de l’époque m’ont paru puériles. J’aime les paroles, mais également la passion et la détermination qu’il met à maintenir l’âme du blues dans un monde qui ne le mérite pas. Comme Jim Morrison, Tom Waits, Leonard Cohen, Nick Cave est un autre grand parolier et je suis toujours intéressé par ce qu’il a à dire. Son humilité et sa créativité donnent envie de le découvrir encore plus.


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