À LA UNE New

ELECTRO-HARMONIX – 50 ans d’histoire et d’innovation

Avec ses airs de Père Noël déjanté, Mike Matthews, patron d’Electro-Harmonix, gâte les grands enfants que sont les musiciens depuis 50 ans. La
 Big Muff, le Memory Man, le Pog… C’est lui. Entretien avec un fier patron qui a soufflé les 50 bougies de son entreprise en 2018.
Propos recueillis par Guillaume Ley – Photo : © Electro-Harmonix/Mikiodo

Bon anniversaire Electro-Harmonix !

Mike Matthews (fondateur et président) : Merci beaucoup. 50 ans, ça fait une paie.

Tout a commencé en 1968 avec le LPB-1 Booster, avant la Big Muff en 1969…

Avant la Big Muff, on avait sorti d’autres pédales qui reprenaient le même petit châssis que la LPB-1. Et aussi le Treble Booster Screaming Bird, le Bass Booster Mole et la Muff Overdrive, qui était un OD modeste. Mais c’est aussi de là qu’est partie l’idée de la Big Muff l’année suivante. C’est devenu notre produit phare.

Ces derniers mois, vous en avez réédité 3 versions: la Green Russian, la Op-Amp et la Triangle de 1969… Pourquoi autant de temps avant de ressortir le premier modèle historique ?
On a essayé auparavant. Seulement, je trouvais qu’il manquait toujours quelque chose au son par rapport 
à l’originale. Il a fallu qu’un de nos ingénieurs ajoute quelques petites choses pour retrouver son âme. Pour le modèle Op-Amp, c’est assez étrange car je n’étais pas très fan de ce modèle quand nous l’avons sorti au cours des années 70. Elle avait un son plus sale. J’aimais bien le sustain et la « douceur » du modèle Triangle. Mais son utilisation par Billy Corgan a tout changé dans la trajectoire de cet effet.

Et la Green Russian ?
Elle a une histoire amusante, car à l’origine c’est un peu comme une reissue, fabriquée ailleurs qu’aux U.S.A., au son différent, ce qui en fait une autre Big Muff. À partir de la 
fin des années 80, j’ai vu tous mes modèles fabriqués au cours des années 70 se vendre d’occasion 3 ou 4 fois plus cher sur une sorte de marché du « nouveau vintage ». En parallèle, le bloc soviétique était en train de s’effondrer. J’ai profité à l’époque de l’occasion qui s’est présentée de pouvoir travailler avec d’anciennes usines qui fournissaient l’armée russe. J’ai refait le design de mes pédales, ce qui a donné les Sovtek Big Muff, avec ce son plus grave qui a plu d’emblée. Cela a donné naissance à la Green Big Muff avec un son très chaleureux. Comme pour la Triangle, on a longtemps bossé avant de réussir à retrouver ce son, même avec les circuits originaux sous les yeux.

À côté de ces rééditions analogiques de modèles historiques, vous êtes aussi reconnu pour votre travail sur des effets numériques.
Cela fait des années que je me 
bats pour réunir chez moi une des meilleures équipes du monde en matière de design électronique pour la musique. Nous avons sorti un grand nombre de produits numériques inhabituels que les autres marques vont avoir du mal
 à copier. Je pense par exemple au POG, ou à notre « 9 Series » avec le C9, le B9, le Mel9… C’est important de respecter un certain équilibre entre les 2 technologies, ainsi qu’entre des produits simples et d’autres plus complexes. La chose à laquelle je fais le plus attention est le temps de développement. Je veux qu’un effet soit produit en un an entre sa conception et la production. C’est très dangereux de traîner trop longtemps avec un projet, surtout avec la concurrence devenue plus rude et tous les petits travers du business.

Pourquoi ? Le secteur de la pédale d’effet est-il en crise ?
Non, nous avons cette chance pour le moment. On a rarement vendu autant d’effets que ces dernières années, mais on n’a jamais eu autant de fabricants. Ils sont désormais des milliers. Quand j’ai débuté, seules 2 ou 3 marques fabriquaient des pédales d’effet. Il faut rester affûté, car c’est un business. Et 
dans ce business, il faut vendre des produits pour ensuite se donner 
les moyens d’engager les bons ingénieurs, pour réaliser des effets encore plus géniaux. Dans ce milieu, j’ai cru comprendre que nous étions désormais les numéros 2, juste derrière Boss. Mais Boss est plutôt lent en ce qui concerne l’acceptation de ce qui est vraiment nouveau. Ils ne prennent pas de risque. Ce n’est qu’une question de temps avant que nous les dépassions (rires).

Alors que l’innovation est inscrite dans l’ADN d’Electro-Harmonix…
C’est ce qui nous a permis de nous détacher des autres pendant toutes ces années. La pédale LPB-1 était déjà une innovation en 1968, car elle permettait de faire saturer un ampli qui tordait à peine même avec le volume à 10. Nous avons été les premiers à sortir un Flanger avec l’Electric Mistress, à une époque où cet effet se faisait en studio en jouant avec les bandes des magnétos. Nous avons aussi 
été les premiers à sortir un Delay analogique avec le Memory Man. En 1981, avec le 16 Second Digital Delay, nous sortons le premier Looper. On a toujours essayé d’avancer.

Vous avez aussi frappé fort avec
 le Delay Canyon et la Reverb Oceans 11.

L’Oceans 11 est à peine sortie, mais le Canyon est déjà un gros succès. Et dans quelques semaines, nous allons vous présenter le Grand Canyon, avec des options supplémentaires, des mémoires et tout ce qu’il faut pour une utilisation améliorée.

Un peu comme avec la Superego+ ?
Exactement ! D’ailleurs, nous allons faire de même avec le Pitchfork +. Mais nous ne devons surtout pas oublier les effets analogiques simples et directs.

Votre prochaine sortie, la Mod Rex, semble assez complexe.

Ah, ça, c’est impressionnant.
Vous allez pouvoir mixer 4 modulations différentes avec de nombreux contrôles. Je pense que cet effet va autant s’adresser aux guitaristes qu’aux claviéristes et aux home-studistes. Il s’agit d’un effet qui a entièrement été pensé par un de nos ingénieurs, Manny. Je lui ai laissé carte blanche. J’avoue que j’ai eu un peu peur en voyant l’apparente complexité de cette machine. Et puis, j’ai vu les vidéos de démo, et j’ai été totalement emballé. On a encore de jolies surprises à vous proposer au cours des mois à venir.

L’interview s’achève avec un Mike Matthews enjoué, qui demande à nous dire un dernier mot. Il crie alors dans le combiné « Rock’n’rooooll, tous ensemble, merci beaucoup et au revoir. » Et 50 ans après, sa marque continue de faire du bruit.

      

Login

Welcome! Login in to your account

Remember me Lost your password?

Lost Password

banner