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DELGRES – Au-delà du blues

Moins blues que son prédécesseur, le second album de Delgres, « 4:AM », montre un groupe qui a su garder son identité tout en évoluant.
Propos recueillis par Olivier Ducruix – Photos : © Boby / Olivier Ducruix

Le nouvel album, « 4:AM » est beaucoup moins orienté blues que le précédent. Est-ce un choix délibéré pour que vous ne vous sentiez pas trop vite emprisonnés dans un style ?
Pascal Danaë (chant/guitare) : Sincèrement, non. C’est une évolution qui est venue au gré de nos inspirations. Nous adorons toutes les musiques enracinées, comme la folk, par exemple. Et qui dit folk, dit nécessairement mélodie. Ce disque est donc moins dans une transe répétitive que le précédent. C’est sans doute aussi parce que nous avons beaucoup voyagé aux États-Unis entre ces deux albums et nous nous sommes nourris d’autres influences : country, pop… Il y a un disque avec Robert Plant et Alison Krauss qui me vient à l’esprit, « Rising Sand » : ce mélange des genres est quelque chose qui nous parle.

Il y a ici un côté pop dans le format, et même dans la structure des morceaux, qui est plus prononcé que sur « Mo Jodi »…
Nous voulions garder le côté rugueux de notre son, tout en jouant avec le studio. « Mo Jodi », notre premier album que nous avons enregistré tous dans la même pièce, est une photographie de notre son. Pour le second, comme les chansons n’ont pas tourné en concert, elles étaient dans un état plus frais, et nous avons en quelque sorte laissé le studio s’en emparer. Nous avons enregistré cet album au studio ICP, à Bruxelles. C’est un peu comme un grand magasin de jouets (rires) !

Le dobro avait une place de choix dans le premier album. Vu que « 4:AM » un peu moins blues, tu l’as laissé quelque peu de côté cette fois-ci ?
Non, il est toujours assez présent, mais j’ai voulu essayer d’autres choses. J’ai beaucoup joué sur une Supro Dual Tone des années 60, qui appartient au studio. J’aimerais bien m’en trouver une, mais ce n’est pas si facile… Bref, je l’ai choisie car je savais qu’elle était dans la même lignée que ma Harmony Stratone, une guitare que j’utilise beaucoup sur scène. Pour cet album, j’ai donc joué sur mon Dobro, la Supro,  une Gibson ES-330 de 1967, une douze-cordes électrique et sur une acoustique.

Pour ta session filmée avec GP, tu as amené une autre guitare, de type Stratocaster. Peux-tu nous en dire plus sur ce modèle ?
Cette guitare a fait son apparition après l’enregistrement, lorsque nous avons commencé à travailler notre set avec l’espoir que les concerts reprennent… C’est Sylvain Coppin (luthier et guitar tech pour Matthieu Chédid, Jean-Louis Aubert, Raphael…, ndlr) qui me l’a apportée lors d’une répétition. Même si j’ai eu quelques Jazzmaster, je ne suis pas spécialement un Fender guy. J’étais sceptique, mais il m’a poussé pour que je l’essaye. Et j’ai été vraiment surpris ! Cette guitare réagit super bien dans notre configuration, en trio. Elle a un son qui remplit l’espace, sans qu’il soit pour autant envahissant. Elle remplace très bien mon Dobro que je ne peux pas utiliser pour la scène. C’est d’ailleurs une grosse frustration…

C’est un instrument trop difficile à gérer en live ?
Oui, parce que sur scène, nous jouons très fort et ça part trop vite en larsen. On est dans le domaine du hard-blues (rires) ! Pourtant, je l’adore. C’est un modèle des années 90 de la marque Dobro, que j’ai acheté à Amsterdam. Normalement, il n’est pas censé bien sonner, mais il a quelque chose de spécial. Un jour, je l’ai amené à Mike Lewis (luthier reconnu pour ses Dobro et National de très haute qualité, ndlr) pour qu’il installe un micro Highlander afin de le sonoriser. Il m’a dit qu’il ne pouvait rien faire car, mon Dobro avait été bidouillé par son précédent propriétaire et que, s’il touchait au cône de l’instrument, je risquais de perdre le son que j’ai actuellement. En fait, c’est un accident s’il sonne bien ! Sur scène, je suis constamment à la recherche du côté chantant du Dobro. En même temps, je veux que ça grogne fort en live. C’est aussi pour ça que je joue avec trois amplis : un Fender Reverb 68 et deux Vox AC30.

Dans Delgres, le sousaphone a une place importante, tant visuellement que musicalement. Cet instrument a-t-il une influence sur ta manière de composer ?
Totalement. Lorsque j’ai écrit nos premières chansons avec mon Dobro, j’avais en tête un son de basse métallique et animé par un souffle. Souvent, quand je trouve un riff qui plait, je vais chanter en même temps la partie du sousaphone pour voir si les deux se complètent bien. Donc oui, c’est un élément important du son de Delgres car il n’y a pas cette longueur des notes que tu peux avoir avec une basse électrique.

Sur cet album, tu abordes des thèmes assez personnels, presque autobiographiques…
L’aventure Delgres est pour moi comme une thérapie, un moyen de renouer avec mon identité, de comprendre d’où je viens. Je suis d’origine guadeloupéenne, mais j’ai grandi en région parisienne, à Argenteuil, et j’ai dû attendre mes 35 ans pour enfin aller aux Antilles. Je mentirais si je disais que j’ai été confronté ici au racisme, mais tu te sens comme un immigré invisible : tu es français, mais tu n’as pas la couleur officielle de la France… Mon père est arrivé en Métropole – au Havre, véritable porte d’entrée pour les Antillais – en 1958 et se levait à 4h du matin pour aller travailler, d’où le titre de l’album. C’est pour moi le symbole de l’intégration : des gens qui se lèvent tôt pour travailler dur et subvenir aux besoins de leur famille. Il y a des valeurs qui nous tiennent à cœur et que nous aimons défendre tous les trois, ce qui ne fait pas pour autant de Delgres un groupe engagé. Nous racontons des histoires et ne sommes pas dans la revendication, sauf celle de dire aux gens : regardez, nous sommes là tous les trois – un Guadeloupéen, un Nantais et un Parisien de la Creuse – à faire de la musique ensemble. Il y a tellement d’occasions de se faire dicter ce qu’on doit faire. Quand tu écoutes de la musique, c’est pour passer un bon moment, pas pour qu’on t’en remette une couche. Je veux bien que les gens retiennent la leçon, mais je ne veux pas la donner (rires) !

Tu parles de la difficulté de comprendre tes racines, de renouer avec ton identité. Peut-on voir un parallèle quant à tes influences musicales, avec ce nouvel album qui brasse le blues créole et une approche plus pop/rock ?
Je ne parlerais pas de difficulté… Disons que ça s’est fait au fil du temps, jusqu’au moment où il y a eu une évidence dans la manière de mélanger ma vision du blues au Dobro et le créole. Oui, une évidence, presque une libération. Peut-être que pour ce second album, je me suis dit : voilà, c’est fait, passons à autre chose. « 4:AM », c’est encore plus nous trois, même si c’était déjà le cas sur notre première réalisation. Mais là, ce sentiment est encore plus renforcé avec tout ce que nous avons vécu, Baptiste, Raf et moi, en tournée depuis plus de deux ans.

Le riff de 4 Ed Maten
Pour ce riff, Pascal Danaë utilise un open-tuning assez inhabituel, avec un unisson sur les deux cordes aiguës : D-A-D-A-D-D, de grave à l’aigu. Il rajoute en plus un capo en troisième case. Techniquement, le motif dans le grave est joué par le pouce de la main droite, et les double-stops dans l’aigu par le couple index-majeur. De temps en temps, Pascal ponctue le riff avec une variation jouée au bottleneck.
Relevé par Alex Cordo

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