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Thomas Dutronc - Cours particuliers

Depuis 2020 et l’album « Frenchy » (où l’on retrouvait notamment Billy Gibbons, DiAna Krall ou Iggy Pop), Thomas Dutronc ne s’est guère accordé de répit. Un album avec son père, « Dutronc & Dutronc », suivi d’une formidable virée sur les routes et d’un live « Dutronc & Dutronc - La tournée générale ! », et un cinquième album solo, « Il n’est jamais trop tard », l’an dernier. Profitant d’une pause dans une tournée d’une cinquantaine de dates, il nous a conviés dans sa maison perdue au milieu des champs pour parler de son nouveau projet, une méthode de guitare blues et rock en compagnie de Fred Chapellier, Jérôme Ciosi et le jeune prodige Maxence Crouzard.

Ce projet est né par quel biais ? Qu’est-ce qui vous a réunis ? Y a-t-il un chef ?

Thomas Dutronc : On avait déjà fait une première méthode avec Jérôme, sur 17 chansons françaises, destinée aux débutants… vraiment débutants à la guitare. Ensuite, on avait créé une petite méthode autour des chansons de mon père. Et là, depuis ma rencontre avec Fred, ça faisait longtemps qu’on avait envie de faire une méthode pour apprendre le blues, toujours pour les débutants. Mais ça va aller jusqu’à vraiment pas débutant parce que, finalement, ça va loin dans le niveau…

Donc, Fred, vous vous êtes rencontrés et vous avez parlé blues. Racontes-nous…

Fred Chapellier : En fait, avec Thomas, on se connaît depuis que j’ai commencé à jouer avec son père en 2010, donc ça fait quand même un moment, ça fait quinze ans.

Thomas Dutronc : Ok, ça fait quinze ans qu’on se connaît bien. Depuis, il est super fort en math, mais, sinon, il est meilleur à la guitare (rires).

Fred Chapellier : Je me rappelle, lors des premières répètes avec son père. On a parlé tout de suite de Stevie Ray Vaughan, du blues en général… Parce qu’il aime vraiment ça, Thomas. Et puis voilà, on a eu l’occasion du coup depuis quinze ans de jouer, de taper des bœufs pendant des plombes. Il nous a souvent rejoints sur scène. Et puis, après, on a fait, on a fait la tournée Dutronc & Dutronc. Ensuite, comme on est ouverts, je dirais… Moi, je n’aime pas que le blues, j’aime plein de choses. Et il fait découvrir plein de musiques et inversement… C’est Thomas qui a eu l’idée de cette méthode et on s’est dit que ça serait cool de faire ça ensemble.

Thomas Dutronc : Oui, parce qu’en plus, les méthodes qu’on a faites, surtout celle des 17 chansons, elles ont pas mal marché. Plein de gens m’ont dit : « Elle est cool la méthode ! » Enfin, même dans l’entourage proche, des guitaristes ont vachement travaillé dessus. Je ne sais plus qui était vraiment à fond au début, mais quelqu’un nous a dit : « Vivement que vous fassiez une méthode pour le blues, parce que là, on a fait le tour de la première et on veut passer à autre chose ! » On a donc voulu essayer de faire quelque chose de très simple. Contrairement à certaines méthodes super précises, un peu rigides et sans âme, nous, on a pris le contrepied : on donne toutes les explications, mais on laisse chacun chercher un peu par soi-même, on guide plutôt qu’on n’impose. Par exemple, notre idée était de mettre les paroles des chansons avec les accords au-dessus, en indiquant en gras la syllabe sur laquelle ça tombe. Pas besoin de tablature à tout prix. Parfois, on ajoute juste quelques repères pour les mesures, histoire que les gens puissent écouter et reproduire le morceau de façon instinctive, simple, sans se prendre la tête avec le solfège. Même les tablatures, parfois, ça bloque. Le but, c’est vraiment que chacun puisse prendre du plaisir tout de suite, même si on ne sait pas encore très bien jouer de la guitare. On a pensé à ceux qui veulent surtout s’amuser en grattant quelques accords.

Quand cette méthode doit-elle sortir ?

Thomas Dutronc : Eh bien… c’est un peu le grand mystère ! Je me demandais moi-même… Franchement, je ne sais pas si on arrivera à la sortir pour Noël. Ce serait chouette, mais pas sûr qu’on tienne les délais. Bon, déjà, ce n’est pas dans dix ans, hein ! On va essayer de faire ça assez rapidement. Donc, peut-être pas pour Noël, mais bientôt quand même. La nouveauté avec cette méthode, par rapport aux autres, c’est qu’on a fait plein de vidéos qui seront accessibles uniquement aux gens qui auront acheté le livret. Fred et Maxence ont enregistré des petites vidéos didactiques avec un super son — parce que Fred a pensé à amener sa carte son, ce qui a vraiment fait la différence. On a tout filmé là‑haut, dans les champs, et ça va être très sympa. Quant à la forme, on pense à un livret A4 d’environ 200 pages, avec une vingtaine de morceaux. Pas juste deux ou trois comme certaines méthodes classiques, mais de quoi vraiment s’amuser et progresser.

Le gitan du blues. © Yann Orhan

À quoi doit-on s’attendre au niveau du contenu ?

Thomas Dutronc : En gros, il y a des morceaux phares, vraiment. On a choisi des classiques du blues et du rock, mais aussi des morceaux plus récents. Et on s’est amusé à créer une rubrique, Le coin des riffs, pour se concentrer sur les riffs de guitare — que ce soit du blues ou du rock pur style Deep Purple. Il y aura aussi des petites vidéos avec des détails pour que ça sonne mieux : les finitions, les glissés, les vibratos… Tout ce que j’appelle « les finitions ». C’est assez précis et complet, mais sans que ce soit un casse-tête. Très simple, instinctif et clair. On a pensé aux guitaristes un peu plus âgés qui ont parfois du mal à… euh, à se lancer. Bref, on a glissé un tas de petites conneries dans la méthode, parce que moi j’ai toujours aimé Gotlib ou les Monty Python, et je continue dans cet esprit. Dans la première méthode, par exemple, j’avais mis des références à Gotlib. J’ai eu la chance de le rencontrer, j’étais trop fier, et maintenant je suis copain avec sa fille !

En gros, ce n’est pas siffler, mais rire en travaillant…

Thomas Dutronc : Oui, avec des calembours insolites… Ça fait partie du charme du truc ! Je me souvenais plus très bien… c’est Jérôme qui m’a rappelé que, dans la première méthode, on avait expliqué : « un doigt, c’est la base de l’apprentissage. » Au départ, je ne pensais pas en faire une « connerie », mais voilà, ça a pris. Du coup, dans cette méthode, on va beaucoup parler des doigts. Parce qu’un doigt… c’est généralement rattaché à la main, et la main à la guitare (rires) !

Et pourquoi pas la scène, à vous quatre, sérieusement ?

On n’y a pas vraiment pensé, non. On n’a pas forcément besoin de repartir pour une tournée entière, mais pourquoi pas quelques petits concerts, comme ça, juste pour le plaisir ? Tout est possible, mais il faut que je bosse un peu (rires). Et puis, chanter du blues, ce serait marrant. Sinon, j’ai eu la chance de faire une petite tournée d’une vingtaine de dates avec Rocky Gresset, Stochelo Rosenberg et un bassiste. Et si, un jour, j’ai des trous entre deux tournées, je referais bien ce format-là : c’était un vrai bonheur. Ces deux-là, c’est de la folie pure. Stochelo, quand il s’y met, c’est monstrueux. Et puis une gentillesse… fabuleuse. Donc oui, rien n’est impossible, surtout quand on s’amuse.  

Maxence Crouzard, le discret virtuose

Maxence Crouzard, Fred Chapellier, Thomas Dutronc, Jérôme Ciosi. Un petit blues devant la caravane. © Jean-Pierre Sabouret

Maxence Crouzard : J’ai commencé avec la guitare classique, avec un super prof russe, diplômé du Conservatoire de Paris. Il m’a appris la guitare d’une manière plus ouverte que la méthode académique : pas besoin d’avaler tout le solfège d’un coup ! C’était l’entre-deux parfait pour débuter, apprendre sérieusement sans se décourager. J’ai commencé à sept ans, et à neuf, il m’a dit : « Allez, achète-toi une guitare électrique pour voir». Même si lui n’en jouait pas trop, c’est avec lui que tout a commencé. La guitare classique, c’était ma première école. Ensuite, j’ai appris en écoutant, en regardant, en lisant des exemples. Quand on est gamin, on ne se pose pas de questions : même si c’était injouable, je fonçais tête baissée ! Le résultat n’était peut-être pas parfait, mais l’envie, elle, était totale.

Thomas Dutronc : C’est toi qui as voulu jouer de la guitare ou ce sont tes parents qui t’ont dit : « Tiens, essaie ça ! » ?

Maxence : J’avais vu un concert où un gars jouait du blues et chantait, et ça m’a fasciné. Ma mère a dit : « OK, on t’inscrit. » Et j’ai accroché tout de suite. Je me souviens du premier cours :
voir un guitariste jouer à 50 cm de moi, c’était un choc.

Et donc, au point de vue du style, tu étais ouvert à tout ?

Oui, carrément ! Même si tout a commencé au Conservatoire, je me suis toujours laissé guider par l’envie et les influences. Je ne me suis jamais dit qu’il fallait suivre une idole ou un modèle précis… Même si, bien sûr, j’en ai eu. J’ai traversé plein de styles : de la guitare classique à Prince, de Slash à Tommy Emmanuel… Et puis j’adorais ce que faisaient Thomas et Jérôme. Quand j’étais petit, je relevais tous les morceaux à l’oreille, un peu comme je l’avais fait avec la guitare classique. C’est là que j’ai appris mes accords et commencé à trouver ma propre voix sur l’instrument.

Thomas Dutronc : Après, il a rencontré M aussi. Il a fait pas mal de trucs sur scène avec Matthieu Chédid…

Maxence : Oui, c’est vrai ! C’était la partie plus électrique. Ça fait partie des figures très populaires de la guitare en France, et on s’inspire forcément de beaucoup de monde. Les premiers sons saturés… C’est là que j’ai vraiment découvert cet univers, et ça m’a donné envie d’explorer encore plus la guitare.

Fred Chapellier, l'autodidacte passionné

Dans la famille depuis plus de quinze ans. © Jean-Pierre Sabouret

Fred Chapellier : L’accroche de la musique ? C’est mon frère aîné qui me l’a transmise. Mais au départ, c’était la batterie : j’ai fait quatre ans dessus, fasciné par Ian Paice (Made in Japan), John Bonham, Buddy Rich… Les grands batteurs de rock et de jazz m’ont vraiment marqué. La batterie reste pour moi un instrument passionnant, et j’y reviens dès que possible. Un jour, j’ai essayé la guitare et j’ai eu une révélation : j’avais l’impression de déjà la connaître, alors que je n’avais jamais touché. À l’époque, pas d’internet, pas de tuto vidéo, juste des 33 tours et 45 tours à écouter et réécouter, ralentis à la main pour capter les plans. Platine n’aimait pas trop… Mais, moi, c’est comme ça que j’ai appris : tout à l’oreille, totalement autodidacte, ce qui m’a permis de développer une oreille assez fine. Et bien sûr, j’ai baigné dans le blues depuis toujours. Ça, c’était en 80 quand même. Ça, ça fait un petit moment, quoi. J’ai ensuite navigué entre blues, rock et même un peu de fusion, en m’inspirant de groupes comme Yes ou Genesis. J’adore toujours ça ! Et puis, je suis un grand fan de musique classique : j’en écoute énormément, probablement plus que tout le reste. Je fais mes albums sous mon nom depuis plus de 25 ans et il y a toujours beaucoup de mélodies. J’aime les belles mélodies et peut-être que ça vient un peu de la musique classique aussi. Et puis il y a eu Hendrix, évidemment. J’ai déchiffré beaucoup de ses morceaux, mais aussi ceux de Ritchie Blackmore, que je trouve incroyables. J’ai passé des heures sur David Gilmour, Mark Knopfler, parce qu’ils réussissaient à être totalement eux-mêmes… Knopfler avec un jeu aux doigts super intéressant. Ces influences ont façonné mon approche de la guitare : mélodique, expressive, et toujours ouverte à la couleur et au feeling. Sans oublier Hank Marvin, Jimmy Page, Jeff Beck, Gary Moore, Rory Gallagher, plein de gens comme ça… Et les parenthèses énormes dans ma carrière, c’était depuis Jacques Dutronc, en fait. Au départ, je n’ai jamais spécialement voulu faire ça, parce que je fais ma musique. En 2010, on a fait toute la tournée pendant un an. Ensuite, il m’a embarqué dans les Vieilles Canailles. C’était fantastique ! Et puis après, Dutronc & Dutronc. Je dirais que c’est devenu une vraie famille, très proche, avec Jacques, Thomas et même Jérôme. J’ai eu la chance d’être au cœur de tout ça et de partager ces aventures humaines et musicales incroyables.

Et là, tu vas rempiler avec le Guitar Night Project, en compagnie de Patrick Rondat et Pat O’May…

Oui, on va réattaquer en janvier, Pat O’May a dû subir une opération très sérieuse, donc on a dû annuler pas mal de dates et de beaux festivals. Mais tout est reporté : l’album live sort en début d’année, et les concerts reprennent dès janvier. C’est une super aventure avec trois styles différents qui finalement se complètent vachement bien. Et bon, déjà on est très potes et on adore être ensemble, humainement et musicalement. Et le fait d’entendre, par exemple, Patrick Rondat jouer sur mes morceaux, ça leur apporte quelque chose de différent !

Jérôme Ciosi, Classique et curieux

Jérôme Ciosi : Comme Maxence, j’ai commencé par la guitare classique, mais un peu plus tard : à douze ans. Après, je m’y suis consacré à fond, parce que j’ai vraiment une grande passion pour la guitare classique. En parallèle, je touchais un peu à la basse et à la guitare manouche, car mon père était chanteur corse et était accompagné par un groupe de manouches que j’admirais beaucoup. Quand on est gamin, on est toujours curieux, avide de tout ce qui touche à la guitare. Je me rappelle aussi que je jouais au conservatoire et que j’avais pris une méthode avec tous les accords, même les plus bizarres. Après, j’étais content de voir que je connaissais quand même tous les accords. Et, en fait, le premier concert que j’ai vu où il y avait les musiciens manouches, qui accompagnait mon Père, je regardais le guitariste d’accompagnement et je ne connaissais aucun accord (rires). Donc voilà, j’ai fait ça pendant un certain nombre d’années jusqu’à avoir mon prix de guitare et d’harmonie. Donc j’avais fait de l’harmonie en écriture, c’était très sympa. D’ailleurs, j’avais une prof qui était du Conservatoire national qui était super, Isabelle Dulac. Elle expliquait tous les compositeurs, toutes leurs caractéristiques… Schumann par rapport à Mozart, c’était passionnant. Ensuite, j’ai commencé à chercher quelque chose d’un peu plus original, parce que je ne me voyais pas devenir concertiste classique. Le premier truc que j’ai fait ? J’ai essayé de créer des arrangements sur des mélodies traditionnelles corses. Quand j’avais 25 ans, j’ai rencontré Thomas et on a beaucoup sympathisé. Assez rapidement, j’ai commencé à jouer avec lui. Sinon, j’ai fait plein de projets dans la musique, notamment dans la musique corse, ou même avec Patrick Fiory. Depuis quelque temps, j’essaie aussi de développer mon répertoire tout seul. J’ai fait un album qui est sorti récemment, je joue mes compositions à la guitare de manière indépendante. Il s’appelle « Partenza ». Et maintenant, j’ai un petit groupe : contrebasse, batterie et saxo. On fait ce qu’on appelle le jazz corse. C’est un nouveau concept (rires). En fait, ce sont mes compositions, ainsi que d’autres morceaux que j’ai adaptés au jazz, et aussi quelques pièces traditionnelles que j’ai jazzifiées.

Thomas Dutronc : J’adore son nouveau projet. Je l’ai vu au Sunset (célèbre club parisien, NDR), j’ai passé un moment fabuleux. Ça se marie très bien. Il y avait une synergie de ces quatre musiciens-là, c’était vraiment beau.

Thomas Dutronc, Guitare au coeur

Thomas Dutronc : J’ai des souvenirs lointains… Il y avait des guitares chez moi quand j’étais petit, alors ça me faisait un peu rêver l’instrument. Mais il n’y en avait pas trop, parce que mon père ne jouait jamais et ma mère non plus. J’ai découvert il y a peu qu’elle avait composé des morceaux et qu’elle jouait plutôt bien de la guitare, mais, à l’époque, je ne les avais jamais entendus à la maison. Chez nous, il y avait une salle de projection avec de grandes fenêtres et une cloison pour éviter la lumière. Derrière cette cloison, il y avait toutes les guitares de mon père en tas, probablement une dizaine. Par curiosité, j’ouvrais les étuis : c’étaient des trésors, même un vieux saxophone, et il y avait cette odeur incroyable… Très vite, j’ai aussi commencé à écouter la musique dans la discothèque de mes parents. J’ai découvert les guitares avec Apache des Shadows, Chuck Berry, Elvis Presley à douze ans. J’aimais aussi Gene Vincent, Eddie Cochran et Fats Domino. Et des trucs de mon époque. Donc c’était, je ne sais pas… Il y avait David Bowie, Tina Turner, Matt Bianco… Je crois qu’aujourd’hui, les gamins écoutent vachement plus tôt. C’est pour ça qu’il y a tant de merdes qui marchent d’ailleurs (rires). C’était donc ma période d’ouverture au monde de la musique, bien avant que je ne touche vraiment à la guitare. Moi j’aimais la guitare. En fait, il y avait un truc, peut-être une recherche d’aller sur le terrain de mon père, peut-être inconsciemment… Et puis je me rappelle à quatorze ans, j’avais un copain anglais, un penfriend, j’avais fait un échange. Je suis allé dans un grand magasin de disques et j’avais acheté une un double cd de Jimi Hendrix avec tous ces tous ces singles. J’avais quatorze ans et j’écoutais Johnny B. Goode en live de Jimi Hendrix à fond… Je faisais écouter ça à mes potes. Avec eux, on a eu une grosse période hard rock. Mais après ça, on aimait bien faire les cons. Ça tournait à la blague aussi. Enfin, on se moquait un peu, mais on écoutait Iron Maiden, « The Number Of The Beast » ou je ne sais pas quoi… Mais on trouvait ça rigolo quand même. Après, il y a eu les Guns N’ Roses qui sont sortis. On écoutait ça, en se marrant quand même, mais on aimait bien cette énergie de guitare malgté tout. Après, il y avait les Beastie Boys et autres… On écoutait tous ces trucs-là. C’était l’époque quoi. Et moi, ma première guitare, ça a été quand j’étais à la fac, j’avais 17 ans et demi. J’étais à Noël chez un ami qui avait une guitare et qui jouait Le Pénitencier et Jeux Interdits très mal (rires). Mais d’un coup, j’ai eu envie d’apprendre la guitare. J’ai dit : « Mais c’est trop bien ! Fais-moi voir comment tu fais… » J’ai eu un vrai coup de foudre. Je me rappelle avoir appelé mon papa : « Putain, c’est génial ! J’ai testé une guitare, et je trouve ça super. » C’est comme ça que j’ai touché une guitare pour la première fois.

«C’est que tu commences à te débrouiller fiston.» © Caroline Baron

Il ne t’a pas dit : « Mon fils, ne lance pas là-dedans, tu vas avoir mal aux doigts… » ?

Non, non, non ! Ma mère m’a même offert une belle Yamaha nylon, et à mes deux meilleurs potes de l’époque, elle avait pris des Yamaha un peu moins bonnes pour qu’on puisse jouer à trois. Par contre, j’ai demandé des conseils à mon père, des plans… Il m’a répondu : « Je ne sais pas, je n’ai rien à te dire. Il faut écouter la radio et faire pareil. » Même pas un accord ! Le chien (rires)… Un soir, quand même, il m’a joué Misty, ou un petit bout de Nuage ou je ne sais quoi… Il avait un doigté incroyable, un vrai toucher. Et puis, un autre jour, il m’a montré un plan de Barney Kessel, vaguement, sur Satin Doll. Moi, j’étais à fond blues. J’écoutais beaucoup de blues, c’est vraiment par là que j’ai commencé. Et puis j’avais aussi mes cahiers, tu vois, avec des chansons de Brassens, de Bob Marley ou d’autres, que je chantais un peu pour le plaisir. Au bout d’un an ou deux de guitare, ça commençait à me plaire sérieusement. Et là, je me suis dit qu’il y avait déjà suffisamment de chanteurs dans la famille (rires) ! Alors j’ai décidé de m’intéresser plutôt au côté solo, parce que j’adorais ça, avec Hendrix et compagnie. C’est là que j’ai commencé à essayer de faire des solos plutôt que de chanter en m’accompagnant. Et puis à ce moment-là, j’étais un peu en recherche… J’avais l’impression d’avoir eu une adolescence assez futile, de m’être beaucoup amusé, un peu moqué de tout. Je ne me sentais pas encore très mûr, tu vois. Et je me suis intéressé à la musique classique, au jazz, à la chanson française. En remontant à cette époque-là, que j’écoutais Brassens, Brel, Ferré à 18 ans, j’écoutais aussi Pink Floyd. J’ai regardé « The Wall » en boucle à cette époque-là. Et puis, un jour, je suis tombé sur Django. Mais pas tout de suite. En fait, ce peut être vers 19 ans, 19 ans et demi, un truc comme ça en fait. Et. Là, ça a été un choc. J’étais fan aussi de Paco de Lucia, mais je n’y comprenais rien. Je l’avais vu en concert une fois ou deux, ça m’avait laissé sur un rêve. Mais c’est vraiment une musique que je ne comprends pas du tout. Le flamenco, je ne comprends rien quoi. Vraiment je trouve ça sublime… Mais, au bout d’un moment, je m’y perds… Mais, le jour où j’ai entendu Django, ça a fait comme une espèce de déclic entre mes périodes pour tout rassembler, entre ma période adolescente et ma période où je voulais devenir un peu plus mûr ou je ne sais pas quoi. Parce que, pour moi, il y avait une richesse dans la complexité du jazz, la beauté de la musique classique, mais en même temps un dynamisme très pop, une virtuosité, une énergie qui correspondait à ce que j’aimais comme musique. Parce que je te parlais de hard rock, mais j’écoutais aussi beaucoup de disco, de funk, même de rap, de rap américain à l’époque. Et, pour moi, ça mélangeait tout. Donc j’ai eu une espèce de coup de foudre. Je joue de moins en moins de guitare manouche parce que je suis devenu très proche et ami avec Rocky Gresset qui joue avec moi et qui est vraiment un prodige. Du coup, il y a déjà suffisamment de guitares pour les gens. Moi j’ai envie de jouer, mais je ne vais pas rajouter un solo à moi derrière lui.

Article paru dans le numéro 374 de Guitar Part.

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