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Suede, Swim School - L’Olympia - Paris, le 14 mars 2026

Ce soir-là, à l’Olympia, Suede ne vient ni célébrer son passé ni simplement défendre son présent : le groupe s’impose, d’emblée, comme une formation encore viscéralement ancrée dans l’instant. Pas d’intro calculée ni de montée progressive — le son est dense, charnel, presque abrasif, et la salle se resserre immédiatement autour de cette déflagration parfaitement maîtrisée. Ici, on n’installe pas une ambiance : on la prend de force.

En ouverture, les Écossais de Swim School livrent une prestation aussi élégante qu’efficace. Porté par la voix claire et légèrement voilée d’Alice Johnson, le trio développe un indie rock aux contours dream pop, où les guitares ciselées viennent habiller des mélodies immédiatement accrocheuses. Le set, court, mais maîtrisé, installe une atmosphère à la fois aérienne et nerveuse. Un contraste idéal avant la charge émotionnelle et physique que Suede s’apprête à déployer.

Alice Johnson (c) Jean-Pierre Sabouret

Au centre du dispositif, Brett Anderson reste l’un des derniers vrais frontmen, au sens plein du terme. Plus qu’un chanteur : un catalyseur. Sa présence n’a rien perdu de sa singularité — cette manière de se mouvoir en déséquilibre contrôlé, de jouer en permanence avec la rupture. Mais surtout, le lien avec le public se fait physique. À plusieurs reprises, Anderson plonge dans la fosse, traverse les premiers rangs, s’abandonne à la foule avec une confiance presque irréelle. Ces bains de foule ne relèvent pas du gimmick : ils prolongent le concert au-delà de la scène, abolissent la distance. Au passage, il agrippe, enlace, serre, jusqu’à ces moments suspendus, presque irréels, où le frontman devient simplement un corps parmi d’autres, porté, retenu, partagé. Une proximité rare, qui transforme l’énergie en quelque chose de tangible, presque intime. Il ne survole pas les morceaux, il les traverse, les met en tension, les pousse légèrement hors de leur axe. Sa voix, aujourd’hui plus grave, plus marquée, gagne encore en expressivité : elle se fissure au moment juste, laissant affleurer une fragilité qui contraste avec la puissance du groupe. C’est précisément dans cette faille que le concert trouve une grande partie de sa force.

Brett Anderson (c) Jean-Pierre Sabouret

Derrière lui, la mécanique Suede impressionne par sa cohésion. Les guitares alternent entre tranchant et enveloppement, sans jamais tomber dans le décoratif. La section rythmique, implacable, maintient une tension constante, évitant toute dispersion. Tout repose sur une écoute collective presque instinctive, qui permet au groupe de naviguer entre précision et lâcher-prise avec une fluidité remarquable. Cette alchimie donne au concert une stabilité paradoxale : tout semble au bord de la rupture, mais rien ne cède. La setlist, elle, balaie les époques sans les juxtaposer. Les morceaux dialoguent, s’entrelacent, abolissent les frontières temporelles. Des fulgurances de Dog Man Star à l’énergie plus frontale d’Autofiction, tout converge vers un même point : l’urgence. Suede ne joue pas pour entretenir sa légende, il la met à l’épreuve. Chaque titre est rejoué, réinvesti, parfois bousculé, comme pour vérifier qu’il tient encore debout aujourd’hui. Et il tient, largement. Quand les lumières se rallument, il reste cette sensation physique : celle d’avoir assisté à quelque chose de vivant, d’instable, de brûlant. Pas un hommage, pas une reconstitution, mais un groupe qui, trente ans après, joue toujours comme si tout était en jeu.

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