
Avant que Keanu Reeves et ses complices n’entrent en scène, les Gallois de James and the Cold Gun avaient déjà largement contribué à faire monter la température. Avec leur rock nerveux, quelque part entre garage, stoner et rock alternatif, le quatuor a rapidement conquis une salle d’abord curieuse, puis franchement enthousiaste. Une excellente mise en jambes, portée par des riffs incisifs et une présence scénique communicative, qui préparait idéalement le terrain pour la tête d’affiche. Car si une partie du public était naturellement venue apercevoir l’acteur de « Matrix » et « John Wick », la suite de la soirée allait rapidement rappeler que la musique demeurait la véritable vedette.
Longtemps considéré comme une curiosité liée à la présence de Keanu Reeves, Dogstar a pourtant toujours été bien plus qu’un simple « groupe avec une star d’Hollywood ». À l’Olympia, le trio américain a rappelé que derrière son histoire atypique se cache avant tout une aventure musicale sincère, portée par des compositions solides, une énergie intacte et un amour profond pour le rock alternatif.
Lorsque Dogstar apparaît au début des années 90 sur la scène californienne, personne ne sait vraiment quelle trajectoire attend ce groupe pas tout à fait comme les autres. Formé en 1991 autour du batteur Robert Mailhouse, de Keanu à la basse et du guitariste-chanteur Bret Domrose, le trio évolue alors dans cette grande famille du rock alternatif américain où se croisent les influences du grunge, du college rock et de la power pop. Loin des projecteurs hollywoodiens, Dogstar construit patiemment son identité, entre mélodies mélancoliques et guitares lumineuses.
Après un premier album confidentiel, « Our Little Visionary » (1996), puis « Happy Ending » (2000), le groupe choisit finalement de mettre son activité entre parenthèses en 2002. Une pause qui aurait pu signer la fin de l’histoire. Pourtant, plus de vingt ans plus tard, Dogstar revient avec la même envie, débarrassé des attentes et des regards extérieurs. En 2023, « Somewhere Between The Power Lines And Palm Trees » marque un retour aussi inattendu que cohérent, suivi par « All In Now », qui confirme que cette renaissance n’a rien d’un simple projet nostalgique.
À l’Olympia, c’est précisément cette continuité que le groupe est venu défendre. Pas une réunion opportuniste, mais la poursuite naturelle d’un parcours musical. Dès les premières notes, Dogstar installe un climat où les guitares occupent naturellement l’espace, entre tension électrique et refrains immédiatement mémorisables. La voix de Bret Domrose devient le véritable fil conducteur de la soirée : claire, expressive, parfois traversée d’une certaine fragilité, elle confère aux morceaux cette couleur émotionnelle qui relie les différentes périodes du groupe.
Avec une vingtaine de titres au programme, le trio traverse son histoire sans jamais donner l’impression de regarder uniquement dans le rétroviseur. Les morceaux récents trouvent naturellement leur place aux côtés des compositions plus anciennes. Everything Turns Around, The Whisper ou Shards Of Rain illustrent cette capacité à mêler puissance mélodique et atmosphères plus introspectives. Dogstar n’a jamais cherché à révolutionner les codes du rock, mais plutôt à préserver une forme d’authenticité : celle de chansons construites autour d’une guitare, d’une mélodie et d’une émotion immédiate.

Derrière sa basse, Keanu reste volontairement discret, concentré sur son rôle de musicien. Loin de chercher à attirer la lumière, il participe à la cohésion du trio avec un jeu sobre et efficace, laissant toute sa place à l’équilibre collectif. À la batterie, Robert Mailhouse apporte cette énergie organique indispensable, avec un jeu puissant qui rappelle les racines rock du groupe. Ensemble, les trois musiciens affichent une complicité évidente, celle d’artistes qui n’ont plus rien à prouver mais beaucoup à partager. C’est peut-être là que réside la véritable force de Dogstar en 2026 : avoir transformé ce qui pouvait sembler n’être qu’une curiosité en une identité pleinement assumée. Le groupe n’est ni un simple projet parallèle ni un souvenir des années 90 ressuscité pour quelques dates. Il est devenu le témoignage d’une passion durable pour un rock humain, mélodique et sincère.
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