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ALICE COOPER – Rencontre du troisième type

Vincent Furnier à la ville, Alice Cooper à la scène, avec ses chemises pleines de sang et son boa constrictor : notre hôte du jour en connaît un rayon sur le dédoublement de personnalité… Sur 
« Paranormal », un double album très rock produit par son associé de toujours Bob Ezrin, il s’offre une cure de jouvence, conviant même 
les membres de son groupe original des années 70. Rencontre avec le prince de l’étrange…
Propos recueillis par Benoît Fillette – Photo : © Rob Fenn

« Paranormal » est un nouvel album plein de surprises, réalisé par ton producteur de toujours Bob Ezrin…
D’habitude, avec Bob Ezrin, on travaille sur un concept album. Cette fois, je voulais juste faire un bon disque de rock ! On a écrit 15 chansons et on a gardé les 12 meilleures. J’ai écrit les textes, basés sur des petites histoires. Et quand j’ai tout réécouté, je me suis rendu compte qu’on avait encore fait un concept album, parce que chaque personnage a des problèmes paranormaux (rires). Le titre « Paranormal » s’est imposé de lui-même. On fait tous des petites choses étranges dans la vie, et tous ces personnages dont je parle sont intéressants parce qu’ils ne sont pas « normaux » justement.

Tu en connais un rayon sur le sujet, du fait de ton dédoublement de personnalité…

Toute ma carrière relève du paranormal, ou du moins de tout sauf de la « normale » !

As-tu toujours fait la distinction entre celui que tu es à la ville et le personnage d’Alice Cooper sur scène ?
Non, pendant longtemps, je ne savais pas quand j’étais moi-même et quand Alice s’arrêtait. Je ne savais pas si je devais continuer à être Alice Cooper en dehors de la scène… Quand j’ai enfin été sobre, j’ai compris que je devais co-exister avec ce personnage, à condition de le laisser sur scène quand le rideau tombe. Alice est un personnage méchant arrogant et extravagant, qui
 ne veut pas vivre dans ce monde. S’il venait à vivre hors de la scène, je devrais être lui tout le temps, et je disparaîtrais, parce qu’il est trop envahissant. Je pense que c’est ce qui a tué Jim Morrison ou Jimi Hendrix. Ils ont essayé d’être leur personnage à plein temps. Moi, je peux vivre ma vie, aller au cinéma, jouer au golf, me marier, avoir des mômes, toutes ces choses qu’Alice ne ferait pas. Mais à l’approche d’un concert, je suis toujours impatient de jouer Alice Cooper, de me maquiller pour redevenir ce vilain personnage.

Tu avais déjà évoqué ce sujet 
à propos de David Bowie, qui 
a multiplié les identités : le personnage risque de te tuer si tu joues ce rôle dans ta vie de tous les jours…
Quand tu joues ton personnage au quotidien, il faut l’alimenter. Et avec quoi ? Alcool, drogues et tout le reste. Jim Morrison était tout le temps défoncé. Il gobait des cachets comme on mange des M&M’s et se gargarisait au Jack Daniel’s, tous les jours. Quand il montait sur scène, il était génial, mais les 22 autres heures de la journée, il crevait à petit feu. Je sais ce que c’est, j’ai fait la même erreur, et cela m’a pratiquement tué. Jusqu’à ce que j’arrête de boire et que je décide de prendre le contrôle de mon personnage.

As-tu songé à tuer ton personnage ?
Non. Quand je suis entré en cure de désintoxication, le psy m’a dit quelque chose de très important : « Alice est
 le responsable de tous vos problèmes, n’est-ce pas ? Est-ce qu’Alice boit sur
scène ? Et quand il tourne dans un film, prend-il des drogues ? ». Je lui ai répondu : « non… ». Il m’a dit: « Alice n’est pas le problème, c’est vous le monstre le reste de la journée. Alice n’est pas alcoolique, vous si ! » Je n’y avais jamais songé. Quand je travaillais j’étais bien, quand je ne travaillais pas j’étais défoncé. Alice avait finalement une bonne influence sur moi (rires). C’était le docteur Frankenstein le problème, pas le monstre qu’il avait créé !

Revenons à l’album. Il a été enregistré avec Tommy Henricksen et Tommy Denander aux guitares, et quelques invités de renom, Billy Gibbons (ZZ Top), Roger Glover (Deep Purple), et surtout Larry Mullen Jr, le batteur de U2 qui joue sur tout le disque…
Oui, Billy Gibbons a joué sur Falling In Love… On venait juste de l’enregistrer et on s’est tous dit qu’il n’y avait que 
lui pour jouer là-dessus. Cette chanson était faite pour lui. On lui a envoyé et il
 a joué dessus. C’était aussi simple que ça. Pour Larry Mullen, on voulait donner un son différent à Alice Cooper, alors on a choisi le batteur qui ne joue pas comme tout le monde. Ça reste rock et hard rock, mais le feeling est différent. Je me suis toujours entouré des meilleurs musiciens.

Et tu as même convié les membres d’origine du Alice Cooper Band sur 2 titres, You And All Your Friends et Genuine American Girls
Tu sais, quand le groupe s’est séparé
 en 1974, on avait enregistré 5 disques de platine ensemble, et on était rincés, y compris au niveau créatif. Et contrairement à ce que pensent les gens, on n’a pas divorcé, on s’est juste séparés. On est toujours restés en contact, on est restés amis. Quand je les ai appelés, ils étaient prêts. On a joué ces 2 chansons comme un groupe, avec Neil [Smith] à la batterie, Dennis [Dunnaway] à la basse, Mike [Michael Bruce] à la guitare. Ce sont des tueurs. Ces chansons ont un feeling très différent du reste de l’album.

Est-ce la raison pour laquelle ces 2 titres figurent sur le disque 2 avec les bonus live de School’s Out, Billion Dollar Babies
Je voulais leur donner une place à 
part. C’est une autre histoire. Le plus drôle, c’est que lorsque je chante avec
 ce groupe, ma voix change. Genuine American Girl est une chanson typique du Alice Cooper Band. Ils n’ont pas changé. Ils jouent exactement comme en 1972 et ils n’ont pas perdu leur énergie en route.

Et pourquoi ne pas avoir enregistré un album tout entier avec eux ?
Peut-être un jour. On n’a jamais eu d’interdits. Mais on ne peut pas reproduire le passé. Si cela se fait naturellement, comme sur ces 2 titres, très bien. À aucun moment je leur ai dit : essayons de sonner comme dans les années 70 ! On a juste écrit des morceaux qui au final sonnent très 70’s. Si on en venait à enregistrer tout un album, il aurait certainement le même son.

Tu as quand même prévu de tourner avec eux en Grande-Bretagne en novembre…
Mon groupe actuel est composé des meilleurs musiciens avec lesquels j’ai jamais tourné : 
Glen Sobel (batterie), Nita Strauss et Tommy Henricksen (guitares)… Sur nos concerts, il y
a ce moment où l’on me coupe la tête et qui annonce la fin du show et puis Alice revient à
 la vie pour faire School’s Out… Cette fois, sur les 5 dates anglaises, quand le rideau se rouvrira, ce sera mon groupe d’origine qui sera sur scène pour jouer 5 tubes : Billion Dollar Babies, Eighteen, No More Mr Niceguy… le public aura droit à 2 concerts en un, avec mon groupe de tournée et mon groupe d’origine. J’aime bien cette idée. Je ne sais pas encore si on ira plus loin, on verra.

L’album se termine par la chanson The Sound Of A, qui sonne comme du Pink Floyd, un groupe que Bob Ezrin a produit à partir de « The Wall » (1979)… Sans lui, quel serait le son d’Alice Cooper ?
Je pense que Bob a fait pour nous ce que George Martin a fait pour les Beatles. Je ne sais pas comment les Beatles auraient sonné sans George Martin, mais autrement, c’est certain. Il a pris le meilleur et il leur a montré où emmener le chant, les guitares… pour faire des albums parfaits. Personne n’a fait des albums aussi parfaits que ceux des Beatles. Bob a fait ça pour nous. Dans notre groupe, on avait tendance à s’écraser les uns les autres. La batterie prenait le pas sur la guitare… Il a façonné notre son. Il faut que je te raconte une histoire sur la chanson The Sound Of A. Dennis Dunnaway m’a rapporté une vieille bande pour que je l’écoute. Et je lui
 ai dit : « Oui, je me rappelle que tu as écrit ça
 en 1967-68 ». Il me répond: « Elle date bien de cette époque, mais c’est toi qui l’as écrite dans 
ta chambre, tu chantes et tu joues la guitare. » 
Je l’avais complètement oubliée. Bob l’aimait bien. Et voilà que 40 ans plus tard on l’enregistre pour l’album. Mais le plus drôle, c’est qu’à l’époque où je l’ai écrite, Pink Floyd vivait chez nous (rires) ! Syd Barrett, Roger Waters, on vivait tous sous le même toit. C’est la chanson qui clôture ce disque, avec un petit quelque chose de « Paranormal » (rires).

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