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7 WEEKS – “What’s Next ?”, un EP aux allures de revanche

Auteur d’un magnifique et abouti « Sisyphus », cinquième album sorti en janvier 2020, fauché de plein fouet par la pandémie et ses conséquences, 7 Weeks n’a pas abdiqué. Le groupe s’est retroussé les manches pour réaliser quelques mois plus tard un EP tout aussi recommandable que son grand frère, « What’s Next ? (The Sisyphus Sessions) », le bien nommé, comme une belle revanche face à ce satané virus.
Propos recueillis par Olivier Ducruix – Photo : © Willliam Windrestin

Sans la situation actuelle, « What’s Next ? (The Sisyphus Sessions) » aurait-il quand même vu le jour ?
Julien Bernard (chant/basse) : Non, c’est vraiment une résultante du confinement. Nous avions uniquement le titre Intimate Hearts de disponible, qui était prévu initialement comme single pour la tournée d’automne 2020.

L’album « Sisyphus » a été fauché de plein fouet par la pandémie. Doit-on voir dans cette sortie plus un réel besoin d’occuper le terrain – comme un sentiment de revanche – qu’une suite logique de votre dernier album ?
Les deux. Dès les premières semaines de confinement, nous nous sommes dit que nous ne pouvions pas rester comme ça à ne rien faire. Nous ne voulions pas tomber dans le live stream dans notre salon, ce que nous trouvions quelque peu pathétique. Nous avons alors commencé à bosser pour le fun sur la reprise de King Crimson, nous avions un inédit en stock et des versions acoustiques de certains morceaux de notre dernier disque : le concept des « Sisyphus Sessions » se dessinait peu à peu, comme une extension de l’album… Nous sommes tenaces. Donc oui, il y a aussi ce côté revanche, du moins dans le fait de ne rien lâcher. À aucun moment nous ne nous sommes apitoyés sur notre sort, c’en était presque ironique vu le concept de l’album et les heures passées à parler de cette métaphore du rocher qui retombe sans cesse. Nous n’avions juste pas prévu qu’il retombe aussi vite (rires).

Les titres présents sur ce EP étaient déjà réalisés ou vous avez dû mettre un coup de boost pour finaliser l’ensemble ?
Intimate Hearts était déjà mixé et masterisé. My Valhalla était resté de côté car je n’étais pas satisfait des paroles. J’ai d’ailleurs complètement réécrit le texte pour le EP en réponse à notre frustration de ne plus pouvoir être sur scène. Nous avions déjà bossé sur les versions acoustiques quelques mois auparavant pour un showcase, ce fut donc assez rapide pour les enregistrer live. Le gros morceau, ça a été Cirkus, la cover de King Crimson. Cela devait être juste pour le fun et c’est devenu un chantier énorme ! Et aussi un gros challenge car c’est un titre long et complexe, et nous tenions à enregistrer live un maximum de parties. C’est impossible de faire vivre ce genre de morceau avec un click. Nous avons élaboré l’ensemble entre avril et mai 2020, répété en juin et enregistré début juillet. Trois semaines plus tard, ça partait au pressage.

7 Weeks est définitivement un groupe à guitares électriques. Avez-vous dû revoir certains arrangements en remodelant trois titres du dernier album en version acoustique ?
Passer de l’électrique à l’acoustique est assez évident. Nous adaptons forcément en ne jouant pas les mêmes parties : je prends une guitare, je chante et les autres posent leur arrangements par dessus. C’est valable pour beaucoup de groupes qui composent en format « chanson ». La difficulté fut que nous tenions à les enregistrer en une prise, sans overdubs, y compris pour les voix. Nous avons beaucoup travaillé sur cette approche et la pression au moment de l’enregistrement était forte car tu sais que tu as trois ou quatre prises maximum pour ne pas perdre le feeling. C’est un peu stressant d’entendre « ça enregistre » et de savoir que tu es « sans filet », surtout pour la voix, mais tu te sens vraiment musicien à ce moment-là, c’est ultra motivant. Tu te concentres sur l’émotion et l’interprétation plus que sur la performance technique. Au final, nous sommes très contents du résultat, nous avons adoré l’exercice et ça nous fait réfléchir pour la suite…

Le titre d’ouverture est un inédit issu de la session « Sisyphus ». Pourquoi l’avoir écarté de la tracklist finale à l’époque ?
Il était trop sombre, aussi bien musicalement qu’au niveau des paroles, alors que « Sisyphus » est un album assez « solaire ». Il déséquilibrait l’ensemble du disque que nous voulions concis et cohérent. Quand nous nous sommes retrouvés cloîtrés en mars 2020, ce texte, qui parle d’enfermement, d’aliénation et du fait d’offrir son intimité aux idoles modernes que sont les réseaux sociaux, était tellement en phase avec l’actualité qu’il est devenu le déclencheur du processus de « What’s Next ? ». De plus, il a une couleur crimsonienne qui faisait écho au travail réalisé sur Cirkus.

Le second titre est une magnifique reprise de King Crimson, groupe culte par excellence. S’attaquer à une légende du rock progressif, cela ne vous a vraisemblablement pas effrayé…
En faisant cette reprise, nous avions conscience que nous nous exposions à d’éventuelles critiques, mais je le sentais bien. Je me disais depuis longtemps que ce titre fonctionnerait avec notre son. Difficile de te dire pourquoi, c’est vraiment une histoire de feeling… Je l’avais proposé pour « Sisyphus », mais nous avions déjà un titre à rallonge de 6 minutes. Le confinement était l’occasion : nous avons commencé à bosser avec PH (claviers/guitare. Ndr) sur les textures de son et il y a eu un gros travail de recherche sur les différents live pour adapter ce morceau plutôt jazz-rock progressif à notre son plus lourd et plus moderne. Reprendre King Crimson, c’est une façon d’affirmer une singularité à laquelle nous tenons et d’enfin pouvoir assumer cette influence qui ne ressort que peu dans notre musique. Mais nous serions tout aussi capable de reprendre Bodies des Sex Pistols pour exactement les mêmes raisons !

Puisque le EP se nomme « What’s Next », que peut-on attendre comme réponse alors que 2021 ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices ?
Ce titre est une sorte de bravade du type : « c’est quoi la suite ? Vas-y envoie ! ». Nous sommes comme ça et nous encaisserons du mieux que nous pourrons. Mais les temps risquent effectivement d’être durs et l’économie des groupes comme le nôtre va être difficile si les concerts, et donc les ventes de disques, ne reprennent pas. Je ne pense pas que l’on retrouve le système qui existait avant tout ça. Ce point de vue n’est ni positif, ni négatif. Trop de choses ont été impactées pour reprendre tel quel. Une grande partie de ce pan de la culture est déjà en mutation et il va y avoir de la casse : les grands diffuseurs/vendeurs/promoteurs vont asseoir un peu plus leur monopole et les plus petits auront les miettes… Rien de nouveau, c’est sûr, mais la Covid a précipité un peu plus les choses.

Le mythe de Sisyphe
Dans la mythologie grecque, Sisyphe, fondateur de la ville de Corinthe, fut condamné par Hadès (le dieu des Enfers) à pousser un énorme rocher jusqu’au sommet d’une montagne dans le royaume des morts pour s’être rebellé contre la volonté des dieux en confiant leurs secrets aux humains. Ce but atteint, le rocher roulait jusqu’au pied du versant d’où Sisyphe devait le remonter et ce, pour l’éternité. Pour les Grecs anciens, ce mythe rappelait aux mortels qu’une rébellion contre les dieux et leur implacable justice était une pure folie.
« Le mythe de Sisyphe » est également un essai écrit par Albert Camus – publié en 1942 – dans lequel ce dernier aborde la notion d’absurde et le rapport entre l’absurde et le suicide : la recherche en vain d’unité et de clarté, dans un monde inintelligible, dépourvu de vérités et de valeurs éternelles. L’homme peut-il juger que la vie vaut la peine d’être vécue ? Vous avez trois heures…

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