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NINETEEN SOMETHING – Le rock indé français des années 90 a son label

Créé en 2015, le label Nineteen Something a la particularité de s’intéresser aux années 90, et plus particulièrement au rock indé française de cette époque, qu’il soit estampillé punk ou garage. Éric Sourice (ex-chanteur/guitariste des Thugs) et Frank Frejnik (ex-rédacteur en chef du magazine Punk Rawk) nous expliquent le pourquoi et le comment de cette passionnante et audacieuse aventure.
Propos recueillis par Olivier Ducruix

Sur quelles bases artistiques est né le label ?
Frank : Le point de départ, c’est l’absence, en 2015, de la musique du groupe Les Thugs sur les plateformes officielles de téléchargement et de streaming. On s’est rendu compte que la plupart des groupes français des années 80 et 90, ceux qui ont disparu avant l’arrivée d’Internet, n’y étaient pas non plus. Alors, après avoir diffusé les albums des Thugs sur la toile, on a poursuivi avec d’autres groupes.

Eric : On s’est dit que l’on avait une mission et qu’à l’instar de Atypeek Music pour la scène noise, on pouvait remettre cette scène foisonnante dans la lumière de la Toile pour qu’elle ne tombe pas dans l’oubli et que le fait de regrouper tous ces combos sur un même label permettrait de le faire plus efficacement. Nous sommes également un label qui sort des CD et des vinyles de certains de ces groupes.

Avez-vous le sentiment d’être des archivistes ou les gardiens du temple d’une époque souvent oubliée des grands médias ?
Frank : Tout un pan du rock français est absent du Web, en tout cas de manière officielle, légale et détaillée. Comme aujourd’hui, tout ce qui n’est pas sur le Web ne semble pas exister aux yeux des jeunes générations et/ou des nouveaux médias, ce travail d’archivistes nous semblait nécessaire, presque vital. On pourrait appeler ça de la sauvegarde du patrimoine rock français, mais pour faire moins pompeux, on a préféré intituler notre mission « Pour que les héros du peuple demeurent immortels … », en référence à une compilation emblématique des années 80. Archivistes donc, mais pas gardiens du temple. Le but est de partager et de rendre à nouveau disponible, et non pas de protéger ou d’enfermer. La musique doit circuler.

Eric : Pas de nostalgie dans tout ça, ces groupes sont bien actuels, même si les enregistrements datent d’il y a 20 ou 30 ans. Je me rappelle qu’au début des années 80 on découvrait les groupes garage des années 60 et que pour nous ce n’était pas de la musique de vieux !

Quelles sont les difficultés liées à ces ressorties que vous pouvez rencontrer ?
Frank : À part le manque de temps, rien n’est vraiment difficile. Permettre que certains disques des groupes de ces années-là soient à nouveau disponible demande également, et surtout, de le faire savoir. Ça, c’est le vrai challenge !

Eric : Nous ne sommes pas des enfants d’Internet, surtout moi ! Internet peut être un formidable outil d’information et c’est pour cela que nous avons démarré le label. Faire ça demande en effet juste du temps et de l’énergie et donc pas de problèmes financiers. Mais comme nous sommes par contre des enfants du vinyle et de la cassette, et donc de l’objet, si nous nous écoutions nous ressortirions tous les groupes du label en CD et vinyle. Ce que nous avons fait et continuons à faire avec quelques références. Mais cela pose évidemment, vu le peu d’audience de ces groupes oubliés, de gros problèmes économiques. Donc on se freine… un peu !

Des groupes se sont-ils réformés suite à une nouvelle édition d’un de leurs disques ?
Frank : Dirty Hands et Casbah Club ont donné un concert ensemble à Angers pour la sortie de leur CD respectif en 2015. Dirty Hands a d’ailleurs continué à répéter et jouer durant le reste de l’année 2015. Plus récemment, en novembre 2016, le groupe Scuba Drivers, séparé en 1989, a repris les instruments pour interpréter 3 morceaux lors de la release party de son anthologie CD à Périgueux. Les Rats vont également se reformer et effectueront une tournée de 12 dates en avril 2017. Pour le coup, là, on n’y est pour rien, le groupe ayant décidé de revenir sur scène, 20 ans après son arrêt, avant même qu’on le contacte pour ressortir ses disques en CD, vinyle et digital. Mais ça tombe plutôt bien. Rien de mieux que des concerts pour vendre des disques.

Vu le nom du label, on comprend bien que vos références tournent autour des années 90. Les groupes plus récents ont-ils une chance de figurer dans votre catalogue ?
Frank : Le nom du label pose effectivement une unité de temps, mais elle n’est pas clairement arrêtée. D’où le « Something ». Disons qu’on est à cheval entre les décennies 80 et 90, mais rien n’interdit d’aller au-delà de ces dates, avant ou après. Cela dit, notre objectif de départ était précisément de nous focaliser sur les années 90, une période faste pour le rock hexagonal mais qui reste oubliée, décriée et même parfois passée sous silence… Je dis « faste » parce que c’est lors de cette période que le rock en France a réellement explosé, médiatiquement et publiquement, et qu’il s’est structuré et organisé sur un plan professionnel; il a même été « officialisé » via des structures d’état. Bref, tous les groupes de cette époque ont essuyé les plâtres…

Eric : Après, pour sortir des groupes actuels, il suffit de créer « Twenty Something » ! Bon, ça nous trotte évidemment dans la tête, on ne se refait pas, mais je crois que ça commencera par un gros coup de cœur, un groupe qui nous bottera les fesses !

Les disques que vous sortez sont uniquement réalisés par des formations françaises. Quid des formations étrangères de cette époque jouant le même style musical ?
Frank : Il y a suffisamment de bons groupes français dont les disques sont indisponibles et/ou introuvables, sur le Web ou en physique, pour nous occuper plusieurs décennies. C’est donc effectivement un choix artistique du label que de se concentrer quasi exclusivement sur la scène française. Cela dit, Les Maniacs sont Suisses et ils sont sur Nineteen Something. Donc tout est possible. On parlera plutôt de réseau que de nationalité. À bien y regarder, tous nos groupes sont ou étaient liés : que ce soit par la scène (ils ont beaucoup joués ensemble), par certains de leurs disques (certains apparaissent sur les mêmes compilations), par les labels qui les ont produits à l’époque (Black & Noir, Closer Records, Gougnaf Records, Spliff records) ou les tourneurs qui les ont aidés, et surtout par une même approche du rock. En gros : plein pouvoir aux guitares et mort aux cons !

Eric : Les groupes anglais et américains de cette époque n’ont pas besoin de nous pour être sur le Net. Ceci dit, j’en ai repéré quelques-uns dont je suis fan et dont les disques sont soit introuvables, soit absents du net… On a une ligne de conduite, mais comme toutes les lignes de conduite il faut en sortir, c’est du rock’n’roll bordel !

Quels sont les albums de groupes étrangers que vous aimeriez mettre à nouveau en lumière ?
Frank : Hum… Je pense que tous les groupes étrangers qui m’intéressent, même les plus obscurs, sont déjà dispo sur le Web… À part, Mega City Four. Voilà la prochaine mission : Mega City Four dont les premiers disques, sortis à l’aube des 90, sont formidables !

Eric : Oui, très bonne idée les MC4 ! Bon, je vais donner quelques noms pour du physique ou du Net, ou les 2 : Blind Idiot God, Rein Sanction, Wipers….Mais il y en a plein d’autres.

Quelles sont les prochaines sorties prévues par Nineteen Something ?
Frank : Au printemps 2017, on sortira une seconde salve de rééditions des albums des Rats : « Racolage », « Bienvenue Au Club » et le live « De Prisa ». On y ajoutera probablement aussi une compilation inédite, composée de singles et de raretés du groupe. On espère aussi poursuivre les rééditions vinyles des disques des Thugs, certainement l’album « Strike » et le mini-album « Radical Hystery ». Ensuite, 2 autres CD viendront compléter le Club Nineteen : une anthologie du groupe angevin The Noodles (pré-Dirty Hands) et un live radio datant de 1999 de Burning Heads. Pour ce qui est du digital, on diffusera prochainement la discographie des groupes Dickybird (Le Havre) et Wild Child (Marseille/Paris). Ça, c’est pour les projets en cours. D’autres viendront sûrement s’ajouter… Stay tuned !

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